La notion d'attaque est associée au domaine informatique dès les années 1970 (voir par exemple les actes du séminaire 1979 sur la sécurité informatique du DoD). A la fin des années 1990 et début de la décennie 2000, les documents de doctrine militaire américaine usent abondamment de la notion: "computer network attack", "network attack"... La genèse précise du terme "cyberattaque" reste quant à elle difficile à reconstituer. La notion est utilisée dans les années 1990, relativement peu avant 1995, puis de manière croissante à partir de là (par exemple en 1996 lors d'une séance du Sénat américain; dans le rapport "Critical Foundations: Protecting America's Infrastructures" de la PCCIP - President's Commission on Critical Infrastructure Protection - en1997...)
Une cyberattaque peut être définie en adoptant une approche techno-centrée: "A cyberattack is a deliberated attempt to gain unauthorized access to a computer network, cmputer system or digital device. The goal is to steal, expose, alter, disable or destroy data, applications or other assets" (site IBM). Une cyberattaque constitue alors une atteinte à la confidentialité (Confidentiality) et/ou intégrité (Integrity) et/ou disponibilité (Availability) des systèmes et de l'information (la triade CIA). Le dictionnaire 2025 des termes militaires du DoD américain, définit des "attaques dans le cyberespace" comme étant des "Actions taken in and through cyberspace that create denial (i.e., degradation, disruption, or destruction) or manipulation effects in cyberspace and are considered a form of fires. (JP 3-12)".
Au-delà de ces approches techno-centrées, la victime reste l'individu, l'entreprise, l'organisation, ou la société qui sont d'autant plus sensibles à ces attaques que leur degré de dépendance au cyber est élevé: "A cyberattack is a malicious attempt made by an individual or organization to breach the information system of another individual or organization." (Saravanan, 2019) Les notions d'intentionnalité et d'action agressive menée par des individus peuvent être remises en question quand les mêmes actes sont produits par des IA qui ont pris l'initiative ou qui ont échappé au contrôle de l'humain ou des systèmes (piratage de Hugging Face en 2026).
Les théories sur les cyberattaques appréhendent ces dernières de plusieurs manières:
- L'information est une monnaie d'échange: du point de vue de l'attaquant le succès d'une attaque s'apprécie à la quantité d'information (données) qu'il possède après avoir mené l'attaque. "Cyber attack success relies on information possessed by an attacker when the attack is launched and is often measured by the information gained or modified as a result of the attack" (Zhuang, 2015).
- La cybersécurité sociale (social cybersecurity) étudie les réactions sociales, psychologiques, comportementales face aux cyberattaques: comment les individus perçoivent ces risques, comment ils sont impactés par les cyberattaques, pendant et après les attaques (Bada, Nurse, 2019), ce que sont les réactions du public face à une cyberattaque ciblant une infrastructure critique (Ninan, 2025), réactions et niveaux de colère, d'anxiété, équivalents à ceux générés par des attaques physiques et qui exercent une pression sur les gouvernements pour exiger des représailles à ces attaques (Shandler, 2023). Ces travaux mobilisent des cadres théoriques tels que le SARF (Social Amplification of Risk Framework), la PMT (Protection Motivation Theory)...
- Au prisme des sciences politiques, études de sécurité, études stratégiques, les cyberattaques sont considérées sous l'angle de la notion de dissuasion (les cyberattaques, difficilement attribuables, rendant le déni plausible, sont des pratiques dont il est difficile de dissuader leurs auteurs de les commettre) et de l'asymétrie (les adversaires asymétriques peuvent être tentés de mener des cyberattaques, dans la mesure où ils s'exposent peu à des risques de rétorsion ou réponses cinétiques, physiques)
- L'approche juridique s'est longuement interrogée sur la nature et qualification des cyberattaques: quand une cyberattaque est-elle un acte de guerre, une attaque armée, un recours à la force? Quels régimes juridiques encadrent ces pratiques, à la fois en temps de paix et de guerre? Applicabilité de la Charte des Nations Unies? Jus ad Bellum, Jus in Bello... Nombre de cyber-opérations, non létales, et non massivement destructrices, se placent sous le seuil du conflit ouvert, dans une zone grise qui n'est pas encore la guerre mais plus tout à fait la paix.
Lire:
Arumugam, Saravanan, et Sathya Subramanian. « A Review on Cyber Security and the Fifth Generation Cyberattacks ». Oriental Journal of Computer Science and Technology 12 (mai 2019): 50‑56. https://doi.org/10.13005/ojcst12.02.04.
Bada, Maria, et Jason R. C. Nurse. « Chapter 4 - The Social and Psychological Impact of Cyberattacks ». In Emerging Cyber Threats and Cognitive Vulnerabilities, édité par Vladlena Benson et John Mcalaney. Academic Press, 2020. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-816203-3.00004-6.
Ninan, Johan, Bharadwaj R. K. Mantha, et Balaji Kesavan. « Human-centred cybersecurity for critical infrastructure: the case of the Florida water plant hack ». Engineering, Construction and Architectural Management 32, no 13 (2025): 547‑69. https://doi.org/10.1108/ECAM-02-2025-0213.
Shandler, Ryan, Michael L. Gross, et Daphna Canetti. « Cyberattacks, Psychological Distress, and Military Escalation: An Internal Meta-Analysis ». Journal of Global Security Studies 8, no 1 (2023): ogac042. https://doi.org/10.1093/jogss/ogac042.
Zhuang, Rui, Alexandru G. Bardas, Scott A. DeLoach, et Xinming Ou. « A Theory of Cyber Attacks: A Step Towards Analyzing MTD Systems ». Proceedings of the Second ACM Workshop on Moving Target Defense, MTD ’15, 12 octobre 2015, 11‑20. https://doi.org/10.1145/2808475.2808478.
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