Total Pageviews

Monday, May 4, 2026

Concepts, théories: Technofascisme / Technofascism / Techno-fascism

En Février 1973 un groupe nommé "Committee for Action/Research in the Intelligence Community" (créé à Washington D.C) (CARIC) crée son bulletin d'informations, CounterSpy. La mission que se donne le CARIC, fondé par d'anciens membres des services du renseignement militaire américain, est d'assurer une veille des actions des agences de renseignement américaine et d'acteurs privés qui n'ont cesse de collecter des données sur l'ensemble des citoyens américains. Simultanément une autre initiativé, lancée à New York, le "Fifth Estate", organise un réseau d'individus intéressés par le rôle des agences de renseignement dans la société démocratique. Le CIRCA et Fifth Estate fusionnent l'année suivante, en janvier 1974, donnant naissance à l'Organization Committee for a Fifth Estate. Le projet consiste à "freiner le développement du technofascisme - la forme de société décrite par George Orwell dans sa nouvelle prophétique 1984". Cette forme de résistance au technofascisme passe par la dénonciation du recours excessif au secret par l'Etat ("This atmosphere of government secrecy is what will surely usher in technofascism"), l'injonction de mettre fin à l'espionnage et à la surveillance non justifiés, La nouvelle organisation publie CounterSpy et Intelligence Report. "Counter-Spy is a journal of research, analysis, and opinion on the abuses of power by those in our nation's security forces"; "Counter-Spy is published by the Organizing Committee for a Fifth Estate, an organization dedicated to exposing and stopping the technofascist tactics of "Big Brother"". "Big Brother andthe age of technofascism is here." Un mémo des services américains de décembre 1975 qualifie Fith Estate de groupe radical infiltré par le communisme et ayant vocation à saboter les opérations du renseignement américain. Le technofascisme est défini par ce mouvement comme un ensemble d' "efforts conscients pour créer une nouvelle forme de totalitarisme en Amérique", ou encore caractérisé par "the excessive secrecy rampant in politics today". Dans un document des années 1970 (le texte publié sur le site archive.org, issu d'archives de la CIA, en 2004, ne mentionne pas la date du document original), issu de l'Organization Committee for a Fith Estate, les signataires (Tim Butz, Bart Osborn, Winslow Peck) dénoncent et font explicitement mention d'une "tendance" au techno-fascisme contre laquelle ils entendent coaliser leurs efforts. Ils ne définissent cependant pas clairement cette notion de technofascisme que l'on dit entendre comme une tendance de l'Etat (américain) à évoluer vers une société orwélienne. 

Janis Mimura applique quant à elle la notion de technofascisme à l'idéologie technocratique autoritaire des bureaucrates révisionnistes japonais de la période 1930-1940. Leur ambition était la création d'un Etat managérial, contrôlant la politique et l'économie. 

Pour Becca Lewis le technofascisme a ses racines dans la Silicon Valley des années 1980-90s. 

Pour Catherine D'Ignazio, le technofascisme est une notion qui s'applique à la nature de la relation qui s'est développée entre les Big Tech et l'Etat, un "negative design space". Elle en propose une longue définition dont nous proposons ici la traduction: "Dans sa forme contemporaine, le technofascisme désigne la collusion entre les grandes entreprises technologiques, les milliardaires d'extrême droite et la culture tech, et des agendas politiques autoritaires et antidémocratiques. Cette convergence du pouvoir technologique et financier avec les penchants fascistes de l'État engendre des produits qui menacent directement la démocratie multiraciale, la vie humaine et la planète : l'intelligence artificielle et les technologies de pointe mises au service de la violence, de la guerre et de l'occupation militaire ; la surveillance et le contrôle policier des citoyens et résidents ; la traumatisation systématique des fonctionnaires ; l'expulsion et l'internement racialisés des migrants ; la censure et la réduction au silence de la liberté d'expression ; la dévalorisation, la déqualification, l'automatisation et la paupérisation des travailleurs ; et la montée en puissance de la misogynie, de la transphobie, des discours de haine et des violences collectives sur des plateformes de médias sociaux hors de contrôle." En somme un projet politique qui recourt aux techniques/technologies les plus avancées, au bénéfice d'une part de la population et au détriment des autres. 

Plusieurs définitions du technofascisme ont été déclinées ces dernières années: "Technofascism means technology + authoritarian power working together to control societyIt is not old-school fascism with uniforms" (Jamyie Silk, 2025); la collusion entre secteur privé et public, entre la Silicon Valley et le mouvement MAGA, le fait que le Département de la défense américain se dote de l'agent conversationnel Grok pour l'assister dans ses missions alors que l'agent s'est lui-même qualifié de "Mecha-Hitler"... sont parmi les arguments les plus souvent mentionnés pour décrire ce que le "technofascisme" est aujourd'hui. Il est le progrès technologique en situation de divorce avec les valeurs humaines. Et ce n'est pas un projet en devenir, mais bien une réalité conjuguée au présent (Erin McElroy, 2026). 

Lire

D’Ignazio, Catherine. « What Is Technofascism? » Medium, 5 février 2026. https://medium.com/data-feminism-lab-mit/what-is-technofascism-20697b66c20b.

McElroy, E. (2026). Siliconization, technofascism, and their unbecomings. Environment and Planning D: Society and Space, 44(1), 197-201.

Mimura, Janis A. Planning for Empire: Reform Bureaucrats and the Japanese Wartime State. Cornell University Press, 2011.

Schwartz, Daniel. « Totalitarian Tools: Preface to a Theory ». Alternatives X 10, no 2 (1984): 255‑66. https://doi-org.inshs.bib.cnrs.fr/10.1177/0304375484010002.

Tréguer, Félix. « From radical contention to deference: A sociogenesis of intelligence oversight in the United States (1967–1981) ». In Intelligence Oversight in Times of Transnational Impunity. Routledge, 2023.

Le "techno-fascisme" interprété par l'IA PicLumen (image générée le 4 mai 2026)