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Thursday, April 9, 2026

Concepts, théories: Modernization, ICT4D

La théorie de la modernisation repose sur la croyance selon laquelle l'industrialisation et le développement économique ont pour effets directs des changements sociaux et politiques positifs. Les fondements de la théorie sont posés par Seymour Martin Lipset (1959) (dans un article où il traite des conditions nécessaires à l'existence et à la stabilité des démocraties) et W.W. Rostow (1960). La théorie telle que formulée par Rostow a servi de ligne directrice aux politiques étrangères des Etats-Unis vis-à-vis des pays du tiers monde et en voie de développement (au travers de l'USAID notamment), afin d'y impulser des changements économiques et sociaux, "en vue de l'avènement d'une société de consommation moderne": accumuler du capital, adopter les valeurs occidentales. Le modèle occidental est la référence. La théorie de la modernisation est l'une des 4 grandes théories sur le Développement: modernisatio, dépendance, système-monde et mondialisation. 

Un article de Marlene Kunst analyse le lien qui existe entre ICT4D (Information and Communication Technologies for Development) et la théorie de la modernisation, en affirmant que les pratiques contemporaines de développement numérique reproduisent largement les principes essentiels de cette théorie. L'IC4D réactive la modernisation. L'ICT4D serait en effet profondément influencé par un imaginaire occidental modernisateur, considérant les technologies, et en particulier ici celles du numérique, comme des moteurs universels du développement (techno-déterminisme). 

Lire: 

Berman, Sheri. « What to Read on Modernization Theory ». Foreign Affairs, 12 mars 2009. https://www.foreignaffairs.com/what-read-modernization-theory.

King, Charles. « The Real Washington Consensus ». Foreign Affairs, 24 octobre 2023. https://www.foreignaffairs.com/united-states/real-washington-consensus

Kunst, Marlene. « The Link between ICT4D and Modernization Theory ». Global Media Journal - German Edition 4, no 2 (2014). https://www.globalmediajournal.de/index.php/gmj/article/view/82.

Lipset, Seymour Martin. “Some Social Requisites of Democracy: Economic Development and Political Legitimacy.” The American Political Science Review, vol. 53, no. 1, 1959, pp. 69–105. JSTOR, https://doi-org.inshs.bib.cnrs.fr/10.2307/1951731

Reyes-Ortiz, Giovanni-Efrain. « Four Main Theories of Development: Modernization, Dependency, World-Systems, and Globalization ». Nómadas. Revista Crítica de Ciencias Sociales y Jurídicas, no 4 (février 2001): 16.

Rostow, W. W. The Stages of Economic Growth: A Non-Communist Manifesto. Cambridge University Press. Cambridge University Press, 1960. https://www.cia.gov/readingroom/docs/CIA-RDP78-03062A001100030001-6.pdf

Wednesday, April 8, 2026

Conference « Norms in the Age of AI - 11&12 May 2026

11-2 Mai 2026, Stanford & DICEN Conference « Norms in the Age of AI ». 

2nd conference Norms in the Age of Intelligent Machines: Bodies, Knowledge, Governmentality, organized by Armen Khatchatourov and Shane Denson (Stanford), under France-Stanford Global Studies grant, will take place on 11-12 of May 2026, at CNAM, Amphi Jean Baptiste Say, 292 rue St-Martin, Paris (in English). Access is free. ... 

More details about the conference 

Monday, April 6, 2026

Concepts, théories: Cyber Proxies

Les "cyber proxies" peuvent désigner un ensemble d'acteurs non-étatiques assez large (cyercriminels, hacktivistes, entités privées) qui mènent des cyberattaques de diverses natures (cyber-opérations, opérations d'influence en ligne ...) visant à perturber des acteurs, étatiques ou non-étatiques, hostiles à leur pays. Ils peuvent ainsi viser des acteurs ou entités dans un pays ennemi (le cas des proxies russes qui s'en prennent aux intérêts de l'Ukraine. Mais on peut également intégrer dans cet ensemble de proxies des acteurs non russes, mais prenant position en faveur de la Russie, et qui attaqueront également les intérêts de l'Ukraine et/ou de pays alliés de l'Ukraine). Les proxies se caractérisent par leur degré de relation avec l'Etat pour le compte duquel ou dans les intérêts duquel ils agissent: acteurs autonomes, semi-autonomes, agissant sous le contrôle de l'Etat, tolérés, etc. Leurs relations à l'Etat sont inégales d'un type de proxy à l'autre. 

Lire

Hakmeh, Joyce, et Harriet Moynihan. Holding State-Sponsored Hackers and Other Cyber Proxies to Account. Lessons from Tackling Proxies in Russia’s War on Ukraine. Research Paper. Chatam House, 2026. https://www.chathamhouse.org/sites/default/files/2026-03/2026-03-25-holding-cyber-proxies-to-account-hakmeh-et-al_0.pdf.

Concepts, théories: Techno-Globalism

Le terme "techno-mondialisme" est apparu dans les années 1990, pour décrire le phénomène de mondialisation qui toucha le monde de l'innovation: la création, la transmission et la diffusion des technologies sont de plus en plus internationales. Le terme provenait des médias mais le monde académique s'en est rapidement saisi

Le techno-globalism (techno-mondialisme) est une vision selon laquelle les technologies numériques, Internet et leurs infrastructures doivent être ouverts, interconnectés, et fonctionner à l'échelle mondiale sans limitation de frontières nationales. Global désigne également le fait qu'il y ait une interdépendance forte entre pays dans la production, le développement, déploiement, et utilisation des technologies. Cette globalité implique une libre circulation - ce qui n'interdit toutefois pas des formes de régulation mais définies en commun - des informations, des données, des technologies, des idées. Ouvert et accessible ne veut pas dire non régulé. La notion de globalité renvoie en effet à une dimension normative, l'idée d'une communauté mondiale qui partagerait des règles, des connaissances et des bénéfices communs. Cette vision s'oppose à une vision fragmentée en blocs nationaux et/ou idéologiques, politiques. Le techno-globalisme a pu être structurant, mais il est aujourd'hui contesté par la fragmentation, des dynamiques sécuritaires, des logiques économiques, etc. 

Lire: 

- Webster, Graham, et Justin Sherman. « The Fall and Rise of Techno-Globalism ». Foreign Affairs, 28 octobre 2021. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2021-10-28/fall-and-rise-techno-globalism.

Edgerton, David. « The Contradictions of Techno-Nationalism and Techno-Globalism: A Historical Perspective ». New Global Studies 1, no 1 (2007): 34. https://doi.org/10.2202/1940-0004.1013.

Archibugi, Daniele, et Jonathan Michie. « The globalisation of technology: a new taxonomy ». Cambridge Journal of Economics 19, no 1 (1995): 121‑40.

Saturday, April 4, 2026

Concepts, théories: Grey Zone

L'article d'Henrique Ribeiro Da Rocha et Luis Rogério Franco Goldoni définit la "zone grise" comme un espace où les frontières institutionnelles et opérationnelles s'estompent et, reprenant une formulation de Schmitt et de Wirtz, comme "un état d’ambiguïté et d’incertitude où les cyberopérations et les activités malveillantes brouillent la frontière entre comportement normal et actes d’agression ou de conflit, créant ainsi un climat propice au déni plausible". Les actions menées dans cette zone grise ont des conséquences importantes sur les plans politique, économique, stratégique. La zone grise est celle où s'estompe la démarcation entre cybersécurité et cyberdéfense. La zone grise est celle de la gouvernance de la cybersécurité: multiplication d'acteurs (militaires, civils, renseignements, privés...), chevauchement des compétences institutionnelles, flous juridiques et conceptuels entre cybersécurité et cyberdéfense. Cette situation crée de l'incertitude, des difficultés dans l'attribution... Il y a ainsi deux zones grises du conflit cyber : celle créée par le cyberespace lui-même, techniquement; et celle où les structures politiques et institutionnelles produisent de l'ambiguïté. 

La zone grise est également celle qui se place à la frontière entre paix et guerre, où prennent place des actions qui exploitent l'absence de seuils, de normes, entre légalité et illégalité. "The grey zone refers to non-conventional strategies employed by states to achieve strategic objectives without escalating to overt warfare.". 

Lire : 

- Rocha, Henrique Ribeiro Da, et Luiz Rogério Franco Goldoni. « Gray Zone Conflicts in Cyberspace: Challenges for Security and Defense Governance ». Frontiers in Political Science 8 (mars 2026). https://doi.org/10.3389/fpos.2026.1770003.

SchmittM. (2017). Grey zones in the international law of cyberspaceYale J. Int. Law Online42121.

WirtzJ. (2017). Life in the gray zone: observations for contemporary strategistsDef. Secur. Anal.33106114. doi: 10.1080/14751798.2017.1310702

Chang, Shu-Jui, Tim Watson, et Iain Phillips. « Understanding the Dynamics of the Cyber Grey Zone: A Conceptual Framework ». European Conference on Cyber Warfare and Security 24 (juin 2025): 745‑52. https://doi.org/10.34190/eccws.24.1.3714.

Dziwisz, Dominika. « Rethinking Future Conflicts: The Cyber Grey Zone From the Russian Perspective ». Politeja 21 (décembre 2024): 281‑309. https://doi.org/10.12797/Politeja.21.2024.92.13.

Friday, April 3, 2026

Concepts, théories: Structural Modifier

Plutôt que considérer le cyberespace comme un nouveau domaine d'action (dans lequel les Etats mènent des cyberattaques, cyber-opérations), ou l'instrument d'une révolution (facteur de transformations profondes des logiques de guerre ou de politique internationale), M Foulon et G. Meibauer proposent de le définir comme un facteur "modificateur structurel" (structural modifier), c'est-à-dire comme un instrument influençant les comportements des Etats à l'intérieur de la structure internationale existante. Il y a altération de la nature et du nombre d'interactions entre les Etats, mais en restant toujours à l'intérieur de la structure existante. Le modificateur structurel ne change pas la structure elle-même (anarchie, distribution de puissance) mais la manière dont les Etats en subissent les effets. 

Cette notion de "modificateurs structurels" s'inscrit dans le cadre théorique du néoréalisme défensif. Selon Snyder, les modificateurs structurels influencent la façon dont les acteurs ressentent « les effets des éléments structurels les plus fondamentaux [comme l’anarchie et la répartition du pouvoir matériel entre les États] sur le processus d’interaction", "mais ils ne constituent pas l’interaction elle-même". Snyder donne quelques exemples de ces modificateurs: normes, institutions, technologie militaire.

Lire: 

- Foulon, Michiel, et Gustav Meibauer. « How cyberspace affects international relations: The promise of structural modifiers ». Contemporary Security Policy 45, no 3 (2024): 426‑58. https://doi.org/10.1080/13523260.2024.2365062.

Lobell, Steven E. « Réalisme structurel/Réalisme offensif et défensif ». In Oxford Research Encyclopedia of International Studies, édité par Nalanda Roy. Oxford University Press, s. d. https://doi.org/10.1093/acrefore/9780190846626.013.304.

Snyder, G. H. (1996). Process variables in neorealist theory. Security Studies5(3), 167–192. https://doi.org/10.1080/09636419608429279

Concepts, théories: Globalization / Mondialisation

Selon Eswar Prasad, la mondialisation serait en échec. Il en serait terminé des promesses de la mondialisation: stabilité géopolitique, apaisement des relations internationales, réduction du fossé entre économies avancées et celles en développement, rapprochement des peuples, partage de la prospérité, stabilité économique, en s'appuyant sur des principes tels que la libre circulation des biens, des capitaux, des individus, des ressources, des idées, des technologies, du savoir... Mondialisation en échec car elle a eu des effets extrêmement dévastateurs: sur l'emploi dans les pays riches, sur le partage inégal ou trop déséquilibré des richesses créées... Le rêve d'intégration économique internationale a échoué. La mondialisation est devenue source de tensions, de discorde. Elle n'a pas su tenir des promesses. Mais tout n'est pas pour autant perdu. Il faut essayer de comprendre comme ce qui devait être un vecteur de coopération est devenu raison de conflits, et pourquoi la tendance au conflit surpasse celle de la coopération.  

Les technologies, en particulier NTIC (internet, cyberespace...), mais également dans les transports, sont l'un des moteurs centraux de cette globalisation. Le techno-mondialisme, prônant un internet mondial ouvert et libre, est apparu dans les années 1990-2000 comme un idéal, un moyen de diffuser les valeurs, les libertés politiques, économiques. Il s'agissait de s'opposer à un cloisonnement de l'internet. Mais le dynamisme de la mondialisation a également eu pour revers celui de la criminalité et de nouvelles formes de criminalités, au rang desquelles la cybercriminalité. Ce dynamisme s'est également vu opposer les résistances et choix de cloisonnement de plusieurs Etats (Chine, Russie...) Les divisions se font telles à l'échelle internationale que l'on serait face à un internet "fragmenté", en raison de l'impossible convergence des Etats en matière de gouvernance, des intérêts divergents, des tensions multiples qui s'agrègent autour du cyber mais qui ne sont que le reflet ou le prolongement de ce que sont les relations internationales aujourd'hui. 

Quelle est et sera alors la place du cyberespace à l'heure du crépuscule de la mondialisation ou de son renouveau? 

A lire: 

- Prasad, Eswar. « How Geopolitics Overran Globalization ». Foreign Affairs, 31 mars 2026. https://www.foreignaffairs.com/united-states/how-geopolitics-overran-globalization.
James, Harold. « The Supply Chain Crisis and the Future of Globalization ». Foreign Affairs, 2 février 2022. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2022-02-02/supply-chain-crisis-and-future-globalization.
Sherman, Graham Webster et Justin. « The Fall and Rise of Techno-Globalism ». Foreign Affairs, 28 octobre 2021. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2021-10-28/fall-and-rise-techno-globalism.