Total Pageviews

Thursday, March 12, 2026

A lire - revue RIS sur la guerre des systèmes

RIS - La Revue Internationale et Stratégique. n°141. Printemps 2026. (IRIS). Numéro sur le thème: "Guerre des systèmes: un abécédaire de la résilience". Ce numéro s'inscrit dans le prolongement de publications précédentes sur les transformations de la conflictualité. Les vulnérabilités des systèmes ne sont plus seulement des facteurs de fragilité mais deviennent des leviers de conflictualité. Hypothèse directrice de ce numéro: la risque systémique n'est plus un horizon abstrait, mais une grammaire de l'action et parfois de l'agression. 


A lire - Revue "International Security", vol.50, n°3

Revue International Security, vol. 50, n°3, Winter 2026. Deux articles y retiennent notre attention (même s'ils sont tous intéressants): 

Joel Brenner; Artificial Intelligence and the Problem of Surprise. International Security 2026; 50 (3): 127–155. doi: https://doi.org/10.1162/ISEC.a.399

- Lennart Maschmeyer; Deception and Detection: Why Artificial Intelligence Empowers Cyber Defense over Offense. International Security 2026; 50 (3): 86–126. doi: https://doi.org/10.1162/ISEC.a.398

Saturday, March 7, 2026

Concepts, théories : Souveraineté algorithmique

Sareen, Sanjeev. « Algorithmic Sovereignty in South Asia: India’s Use of AI in the 2025 Border Conflict ». Journal of Military and Strategic Studies 24, no 2 (2025). https://jmss.org/article/view/81710.

L’article de Sareen Sanjeev considère l’utilisation de l'IA par l’Inde dans le cadre du conflit frontalier indo-pakistanais de 2025 comme une illustration de la recherche de souveraineté algorithmique dans le domaine militaire. Ce conflit a pris naissance dans un contexte de succession d'incidents transfrontaliers au Cachemire, avec pour point culminant une attaque terroriste contre des civils en avril 2025, poussant l'Inde à réagir et décider d'une opération militaire. Au cours de ce conflit, l'Inde utilise de nombreux systèmes d'IA, dans des domaines opérationnels (défense aérienne, renseignement, surveillance, logistique, cyber-opérations). L'auteur considère que l'IA a renforcé l'efficacité opérationnelle (réduction du temps de décision, précision des frappes, résilience des systèmes militaires). Il en déduit que ces nouveaux conflits marquent une transition: désormais guerre à vitesse algorithmique notamment. La souveraineté algorithmique désignerait alors la capacité d'un Etat à développer, contrôler et déployer de manière autonome les technologies d'IA (comprenant données, algorithmes, infrastructures numériques, hardware), pour soutenir ses opérations militaires et politiques de sécurité. 

USA - White House - Cyberstrategy - March 2026

La Maison Blanche vient de publier sa nouvelle cyberstratégie: "President Trump's Cyberstrategy for America. March 2026". 7 pages. En voici les principales idées: le cyberespace est essentiel pour la prospérité économique, la sécurité nationale, et la vie des citoyens américains. Mais c'est un espace fortement contesté (adversaires étatiques, criminels, utilisent cet espace à des fins diverses, notamment pour assoir l'autoritarisme, affaiblir la démocratie, porter atteinte à la sécurité nationale et économique des Etats-Unis. La stratégie affiche la volonté américaine de répondre directement à ces menaces en mobilisant l'ensemble des instruments de puissance nationale. Le document insiste sur la coordination accrue entre le gouvernement, industrie, monde académique, alliés internationaux. La stratégie repose sur 6 piliers: modifier le comportement des acteurs hostiles (notamment en imposant des coûts aux adversaires, en créant des risques réels pour les acteurs malveillants); promouvoir une régulation de bon sens (réduire le poids de la réglementation qui pèse sur les entreprises par exemple); moderniser et sécuriser les réseaux fédéraux (zero-trust, crypto post-quantique...); sécuriser les infrastructures critiques; maintenir la supériorité dans les technologies critiques et émergentes; développer les talents. En somme, si la stratégie repose sur des lignes déjà tracées par les gouvernements depuis de nombreuses années désormais, elle affirme la détermination du gouvernement américain à défendre ses intérêts dans le cyberespace. Notons enfin que, dans ce document, la dimension informationnelle n'est qu'une composante de la compétition stratégique dans le cyberespace. Elle n'est pas affichée ici comme un pilier stratégique. 

Friday, March 6, 2026

Chine - Le développement de son arsenal d'IA militaire

Bresnick, Sam, Emelia S. Probasco, et Cole McFaul. « China’s AI Arsenal ». Foreign Affairs, 2 mars 2026. https://www.foreignaffairs.com/china/chinas-artificial-intelligence-arsenal.

Dans le processus continu de modernisation de ses armées, la Chine a bien entendu intégré les développements de l'IA. L'article que nous propose cette équipe de chercheurs présente les résultats d'un travail mené au sein du Center for Security and Emerging Technology de l'Université Georgetown (USA). Des milliers de documents publics d'achats militaires chinois ont été analysés. La modernisation de l'armée chinoise est structurée en trois phases: la mécanisation, l'informatisation (ces deux phases étant bien avancées) et une troisième, plus récente, qui consiste à intégrer l'IA (automatisation de certaines opérations ou systèmes d'aide à la prise de décision) (on utilisera en anglais le terme "intelligentization" pour désigner cette phase). Déploiement et expérimentation de l'IA s'appuient sur des applications multiples: véhicules autonomes, détection et réponse aux cyberattaques, surveillance maritime et spatiale, identification et ciblage d'objectifs, production de deepfakes, simulation, aide à la décision, etc. Tout ceci afin de préparer les forces de demain (et d'aujourd'hui...) aux nouvelles réalités du champ de bataille, en envisageant que es guerres futures deviennent des confrontations entre systèmes de systèmes. Pour cela la Chine semble privilégier le prototypage rapide et les cycles d'expérimentation courts, ainsi que l'intégration de technologies civiles dans les systèmes militaires (ce qui en soit n'est pas une nouveauté). Les auteurs soulignent ce qui selon eux constitue la limite de cette stratégie: la difficulté d'intégrer l'IA dans des opérations réelles et l'absence d'expérience du combat, ce qui a notamment pour conséquence une insuffisance de données militaires spécialisées nécessaires à l'entrainement des systèmes d'IA.  

Monday, March 2, 2026

France - Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie 2026

Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie  - 24 au 26 mars 2026 - Ecole Militaire. 

Informations, inscriptions...

USA - Hégémon prédateur

Tel est le titre d'un récent article de Stephen M. Walt, publié dans la revue Foreign Affairs de Mars/Avril 2026. "Predatory Hegemon. How Trump Wields American Power". La réflexion ici menée cherche à définir et qualifier l'approche des relations internationales qu'est celle de D. Trump, tour à tour qualifiée d'hégémonie illibérale, de réaliste, nationaliste, mercantiliste, impérialiste, isolationniste. Il y a sans doute une part de vrai dans chacune de ces étiquettes, mais il est difficile finalement de définir précisément sa posture, de la saisir dans son intégralité à l'aide d'un seul concept. S.M. Walt en propose donc un nouveau, qui définirait l'approche trumpienne des RI au cours de son second mandat présidentiel: celui d'hégémon prédateur, hégémonie prédatrice. Cette nouvelle étiquette désignant l'attitude américaine consistant à tirer profit de sa situation dominante pour soutirer des bénéfices économiques, tributs, marques de soumission tant de la part de ses adversaires que de ses alliés, dans une logique où seuls les USA sont gagnants. L'analyse de S.M. Walt va plus loin. Elle postule que cette stratégie est vouée à l'échec à long terme: alimente la défiance, affaiblit les alliances, réduit l'influence et la sécurité américaines.  

Un second article publié dans le même numéro de la revue Foreign Affairs, signé par Alexander Cooley et Daniel Nexon, prolonge la réflexion et avance même que la politique étrangère américaine est désormais largement subordonnée aux intérêts privés du président américain et de son entourage.