L'accord passé en 2015 entre les Etats-Unis et la Chine, tentait d'esquisser une approche diplomatique au traitement des cyberattaques (à des fins de renseignement/espionnage), en particulier provenant de Chine. Une approche qui se distinguait des méthodes habituelles, consistant à considérer les cyber-menaces sous le seul angle technique. L'une ne se substitue pas à l'autre, mais elles se complètent. Pour l'approche politique, on constatera qu'elle fut d'effet relativement limité puisque la diminution de l'intensité des attaques contre les entreprises américaines fut d'assez courte durée, et retrouva sa vigueur lorsque le gouvernement Trump réaffirma une posture américaine plus ferme, notamment sur le plan commercial, vis-à-vis de la Chine.
Selon Dmitri Alperovitch (voir référence en fin d'article), l'accord a échoué (à pacifier les pratiques dans le cyberespace entre les deux puissances), mais reste néanmoins un modèle prometteur, car l'approche technique (défensif, dissuasion...) n'apportera jamais, seule, de réponse satisfaisante. Car les cyberattaques sont le symptôme des tensions géopolitiques, elles sont étroitement liées aux conflits, aux rivalités, aux ambitions des Etats.
Nous déduisons donc de cette grille de lecture:
- sans tensions géopolitiques il n'y aurait pas de tensions dans le cyberespace, notamment des postures agressives. Or ce point de vue ne saisit pas selon nous toute la réalité du cyberespace. On doit envisager la possibilité d'une exploitation offensive/agressive du cyberespace même en dehors de tensions géopolitiques spécifiques pré-existantes. le cyber n'est pas uniquement le reflet du "réel" politique. Il peut aussi être à l'origine de nouvelles tensions géopolitiques. En somme le cyberespace ne permet pas uniquement de prolonger la compétition des puissances (réalisme), mais il peut en être le moteur premier.
- Les intérêts stratégiques nationaux seraient le moteur principal des cyberattaques. Mais ne peut on envisager que des intérêts autres que ceux de l'Etat soient en jeu (exemple: gouvernement kleptocratique)?
- L'une des réponses clefs aux cyber-menaces serait de nature politique, par la coopération internationale, par les accords internationaux, par le dialogue... Mais cela suppose, et l'exemple de l'accord de 2015 le montre bien, qu'il y ait volonté réelle de pacifier les relations dans le cyberespace (et en d'autres domaines) et continuité de l'effort (or les transitions politiques au sein même des Etats remettent en question ces accords qui restent fragiles).
- Les réponses techniques ne sont certes pas la meilleur approche (la débauche d'efforts en cybersécurité n'a guère enrayé les phénomènes agressifs, offensifs, criminels, guerriers...) mais on ne peut s'en passer. Il n'y a donc aucune réponse véritablement satisfaisante face aux cyber-menaces: ni le technique ni le politique n'y mettent fin.
A lire: Alperovitch, Dmitri. « The Case for Cyber-Realism ». Foreign Affairs, 14 décembre 2021. https://www.foreignaffairs.com/articles/united-states/2021-12-14/case-cyber-realism.