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Friday, October 23, 2026

Concepts, théories: Kakistoscryptocracy / Kakistocryptocratie

La kakistocryptocratie (kakistocryptocracy) est un concept formulé en 2023 par le chercheur Srirath Gohwong, dans son article ...  Le concept "désigne un phénomène dans lequel des acteurs non étatiques (tels que des entreprises, des fonds spéculatifs, des particuliers ou des « États numériques ») se considèrent, à la manière de divinités, comme les souverains du monde virtuel et du métavers. Ils créent et/ou utilisent des cryptomonnaies non étatiques ... comme le Bitcoin, à leur propre profit et en dehors de tout contrôle gouvernemental. L’usage de ces cryptomonnaies non étatiques s’inscrit en parfaite adéquation avec le *deep web*, le *dark web* et les organisations « pirates », permettant à ces acteurs de mener leurs activités en dehors de la juridiction des États" (Gohwong, 2023). Les Etats numériques ou Etats-réseaux évoqués ici renvoient aux géants technologiques que sont Microsoft, Google, Amazon, etc. Il s'agit donc de désigner la pratique du pouvoir, de manière quasi souveraine, par des acteurs non-étatiques, et donc la puissance se manifeste en partie - mais pas uniquement - dans cette capacité à créer de la monnaie et un système financier parallèle qui échappe aux Etats, et jouant de ces espaces qui échappent en partie au contrôle étatiques (dark web).  Ces systèmes et pratiques créent des espaces non régulés qui contribuent au développement criminel. 

Le terme "kakistocryptocratie" est construit sur la base de "kakistocratie" (gouvernement par les individus les moins qualifiés, les pires, les moins scrupuleux), "cratie" pour le pouvoir et "crypto" pour les technologies de cryptographie et les cryptomonnaies. 

Lire: 

Gohwong, Srirath. « Cyberocracy in Thailand ». Procedia of Multidisciplinary Research 1 (mai 2023): 9. https://so09.tci-thaijo.org/index.php/PMR/article/download/2295/1217.

Gohwong, Srirath. « Kakistocryptocracy ». Asian Political Science Review 7, no 1 (2023): 50‑58. https://doi.org/10.14456/apsr.2023.5.

Thursday, October 22, 2026

Concepts, théories: Coupure des réseaux sociaux / Social Networks Shutdowns

Suite aux émeutes qui ont eu lieu en France le 17 octobre 2026, et dans la perspective d'une nouvelle journée de manifestations devant avoir lieu le 24 octobre et dont on craint les débordements violents, l'ancien premier Ministre Gabriel Attal aurait suggéré de suspendre temporairement et de manière ciblée (localisée) le fonctionnement des réseaux sociaux. Tentation qui refait surface, ici ou ailleurs dans le monde depuis plus de 15 ans, chaque fois que les sociétés sont confrontées à des situations d'émeutes (Reilly, 2011). Les réseaux sociaux ont été accusés de bien des maux, jusqu'à leur faire porter la responsabilité des violences sociales. Bloquer les réseaux sociaux : solution efficace ou illusoire?

Qui pratiques les coupures des réseaux sociaux? 

Le blocage des réseaux sociaux reste exceptionnel dans les démocraties et demeure principalement la marque de pays aux régimes autoritaires (dilemme du dictateur, qui tire profit des bénéfices de l'internet pour la croissance économique et la surveillance mais craint son potentiel de contestation et les menaces à la survie du régime), méthode qualifiée de manœuvre autoritaire dénoncée par les organisations de défense des libertés individuelles (Jay Stanley, 2019). Depuis les Printemps Arabes, les révolutions Twitter, nombre de gouvernants sont soucieux du contrôle de ces outils, conscients de leur rôle dans des mobilisations contestataires. En 2019, l'Inde comptait à elle seule près de la moitié des blocages enregistrés dans le monde (Rydzak, 2019) Ces pratiques se sont-elles depuis généralisées, répandues dans le monde? 

Les quelques illustrations suivantes ont été réalisées en utilisant des données issues d'un travail de recension des coupures des réseaux sociaux dans le monde entre 2006 et 2023 (Al-Zaman, 2024). Les auteurs ont identifié 3 motifs principaux aux coupures des réseaux sociaux: 1) raison politique (66,9 %), 2) raison sociale (23,3 %), 3) raison sécuritaire (9,7 %). 

Illustration : Distribution annuelle des coupures de réseaux sociaux dans le monde

La pratique est également très largement répandue dans le monde, en atteste la carte ci-après: 


Illustration: distribution sur la période 2006-2023 des coupures des réseaux sociaux. En bleu foncé les territoires enregistrant le plus grand nombre de coupures, en l'occurrence: la Turquie (23), le Sri Lanka (22), le Venezuela (20), le Pakistan (18), l'Algérie (14), le Soudan (12), l'Ethiopie (11), l'Iran (11), Cuba (10)...



Illustration: les plates-formes bloquées

Quels sont les effets recherchés et produits? 

Les effets produits par les coupures temporaires ou plus durables des réseaux sociaux dépendent de leur contexte (opérations militaires, émeutes, nature du régime politique, zones en état de guerre...) Elles peuvent viser à limiter la documentation de faits commis sur des théâtres d'intervention; réduire les capacités d'organisation des manifestants; limiter les risques de désinformation et d'influence étrangère; limiter les effets émotionnels des images (indignation face aux images de violences policières), etc. Les mobiles peuvent être multiples. Couper les réseaux sociaux ne garantirait pas pour autant une atténuation des violences: l'article publié par J. Rydzak en 2019 conclut que "les coupures d'information contraignent les participants à des actions collectives en Inde à privilégier les tactiques violentes, moins dépendantes d'une communication et d'une coordination efficaces, au détriment de la non-violence". Dans d'autres contextes (Printemps Arabes par exemple) la coupure des réseaux sociaux peut s'accompagner d'une recrudescence de la violence militaire et de la répression de l'opposition (Ghodes, 2015). En France cette mesure (blocage de TikTok) avait déjà été mise en œuvre en urgence en mai 2024 lors des émeutes survenues en Nouvelle Calédonie, avec pour objectif de désorganiser les manifestants. La mesure avait-elle alors produit les effets escomptés? 

Le blocage des réseaux sociaux ne peut être qu'un instrument d'utilisation limitée dans le temps. Cette méthode ne produit pas d'effet à long terme, ni même à court terme et n'apporte certainement pas de réponses à des problèmes sociaux plus profonds. Les mesures de blocage sont par ailleurs rapidement contournées (VPN, applications mesh, Signal/Telegram...) et n'ont qu'un effet limité sur les volumes des posts (Amarasingam, 2020). Outre le fait que la mesure peut susciter les critiques des défenseurs des libertés individuelles et des droits fondamentaux, celle-ci peut également être perçue comme un aveu de faiblesse de la part des gouvernements démocratiques qui la mettent en application. Enfin, bloquer les réseaux sociaux, ne serait-ce pas priver les services de police de sources d'informations, de moyens de surveillance, qui leur fourniraient des informations utiles à la gestion des foules émeutières? 

Lire: 

Al-Zaman, Md Sayeed (2024), “Global social media censorship”, Mendeley Data, V1, doi: 10.17632/r49ybxt5j4.1, https://data.mendeley.com/datasets/r49ybxt5j4/1 

Amarasingam, Amarnath, et rukshana Rizwie. Turning the Tap Off: The Impacts of Social Media Shutdown After Sri Lanka’s Easter Attacks. ICCT, 2020. https://doi.org/10.19165/2020.1.07.

Gohdes, Anita R. « Pulling the Plug: Network Disruptions and Violence in Civil Conflict ». Journal of Peace Research 52, no 3 (2015): 352‑67. https://doi.org/10.1177/0022343314551398.

Reilly, Paul. « Social Media didn’t start the fire ». News. Lse.ac.uk, 2011. https://researchonline.lse.ac.uk/id/eprint/39069/1/blogs.lse.ac.uk-_social_media_didn%27t_start_the_fire.pdf.

Rydzak, Jan. « Of Blackouts and Bandhs: The Strategy and Structure of Disconnected Protest in India ». SSRN Scholarly Paper 3330413. Social Science Research Network, 7 février 2019. https://papers.ssrn.com/abstract=3330413.

Stanley, Jay. « Social Media Blackouts Are an Authoritarian Power Move ». International Organization. American Civil Liberties Union, 26 avril 2019. https://www.aclu.org/news/free-speech/social-media-blackouts-are-authoritarian-power-move.

Wednesday, October 21, 2026

Concepts, théories: Heterarchy

La notion d'hétérarchie serait apparue en 1945 dans les travaux du chercheur en neurosciences et cybernéticien américain Warren S. McCulloch. Cette notion, comme le rappelle Carole L. Crumley (1995) a trouvé place dans plusieurs disciplines, en IA, conception d'ordinateurs, programmation, sociologie, anthropologie, archéologie... Elle désigne un système dans lequel le pouvoir est mouvant. Il n'y a pas de hiérarchie fixe, permanente, il n'y a pas d'ordre immuable. Les relations entre éléments varient en fonction des problèmes à résoudre ou des exigences du système. L'étude menée par W. McCulloch vise à démontrer que les priorités peuvent varier selon les contextes, et qu'il est donc possible d'envisager la coexistence de priorités concurrentes. L'hétérarchie propose une manière de comprendre la capacité d'un système à se réorganiser, ses éléments pouvant être ordonnés de plusieurs façons, s'adaptant au gré des modifications des circonstances. Insistons bien sur le fait que l'hétérarchie ne signifie pas qu'il y ait absence totale de hiérarchie. L'hétérarchie envisage la possibilité d'ordonner, relier les éléments de différentes manières selon les exigences du système. Plusieurs ordres de classement sont possibles, et non un seul qui s'imposerait en toutes circonstances. L'hétérarchie s'applique à la lecture des systèmes qui ne peuvent être compris à partir d'une structure hiérarchique unique. 

La notion a été appliquée à la régulation juridique du cyberespace (Schultz, 2005), à la gouvernance des systèmes d'information (Abderrezak Tedjini, 2014),  à la gouvernance globale de l'internet (Jongen, 2023)...

Lire: 

Crumley, Carole L. « Heterarchy and the Analysis of Complex Societies ». Archaeological Papers of the American Anthropological Association, no 6 (1995): 1‑6. https://doi.org/10.1525/AP3A.1995.6.1.1.

McCulloch, Warren S. « A Heterarchy of Values Determined by the Topology of Nervous Nets ». The Bulletin of Mathematical Biophysics 7, no 2 (1945): 89‑93. https://doi.org/10.1007/BF02478457.

Schultz, Thomas. « La régulation en réseau du cyberespace ». Droit Administratif. Revue interdisciplinaire d’études juridiques 55, no 2 (2005): 31‑90. https://doi.org/10.3917/riej.055.0031.

Tedjini, Abderrezak, Chantal Morley, et Eddie Soulier. « Le concept d’hétérarchie : émergence dans différents domaines et intérêt pour la Gouvernance des Systèmes d’Information ». 20 mai 2014, 19. https://hal.science/hal-02397609.

Friday, October 16, 2026

Concepts, théories: Cyberocracy / Cybercratie ou Cyberocratie

        Le terme "cyberocracy" trouve son origine dans un rapport de 1978 et un document interne de la RAND de 1985, tous deux rédigés par David Ronfeldt. Ce dernier développe de nouveau le concept dans un rapport publié par la RAND en 1991, intitulé "Cyberocracy, Cyberspace, and Cyberology"; puis en 1992 dans un article intitulé "Cyberology is coming" (qui inspirera sans doute dans sa forme le titre de l'article publié en 1993 par J. Arquilla et D. Ronfeldt, "Cyberwar is coming!").  Dans le document de 1991, le terme cyberocracy "désigne un mode de gouvernement fondé sur l’information": "La cyberocratie, en découlant de la révolution actuelle des technologies de l’information et de la communication, pourrait, lentement mais radicalement, influer sur qui exerce le pouvoir, ainsi que sur la manière et les raisons pour lesquelles il est exercé."; la cyberocratie peut être "une forme d'organisation qui supplante les formes traditionnelles de la bureaucratie et de la technocratie" et se manifeste sous la forme d'un "gouvernement qui peut redéfinir les relations entre l'état et la société, entre le secteur public et le secteur privé". D. Ronfledt et D. Varda redéveloppent le concept dans un long document publié en 2008: "The Prospects for Cyberocracy": "a cyberocracy would be a bureaucracy changed by computers" mais pas simplement une "computerized bureaucracy". On retrouve ici un raisonnement qui s'applique à de nombreuses déclinaisons du cyber, par exemple à la "cyberguerre", qui ne se réduit pas à désigner une guerre dans laquelle on a fait une place à l'ordinateur, mais implique une guerre qui est profondément, radicalement transformée par le cyber. Ronfeldt et Varda reconnaissent que la notion de "cyberocracy" n'est pas parvenue à s'imposer, mais soulignent que les enjeux soulevés sont restés pertinents. A la "cyberocracy" la pensée contemporaine préfère d'autres concepts, formulés en d'autres termes, tels que "networked governance", "government by network", "network state", "information government"... La notion a récemment été reprise dans quelques travaux académiques. Pour Wordliczek Łukas (2026) "le terme « cyberocratie » ne doit pas être confondu avec celui de « démocratie ». Il renvoie plutôt à tout système de gouvernement ainsi qu’à tout développement technologique visant à faciliter la communication." En 2023, Srirath Gohwong propose une taxonomie du concept de cyberocratie. 

Cybercratie et cyber démocratie sont deux concepts différents: la cybercratie (cyberocracy) envisage l'optimisation de la gouvernance par un traitement optimal de l'information, et dans ce cadre les données priment sur l'opinion publique, le citoyen a un rôle secondaire; la cyber démocratie au contraire veut élargir la participation citoyenne en s'appuyant sur les réseaux, internet, les NTIC, le numérique (vote électronique par exemple, mais également débats en ligne, information, démocratie directe...)

Lire: 

Arquilla, John, et David Ronfeldt. Cyberwar Is Coming! RAND Corporation, 1993. https://www.rand.org/pubs/reprints/RP223.html.

Gohwong, Srirath. « Cyberocracy in Thailand ». Procedia of Multidisciplinary Research 1 (mai 2023): 9. https://so09.tci-thaijo.org/index.php/PMR/article/download/2295/1217.

Ronfeldt, David. Cyberocracy, Cyberspace, and Cyberology: Political Effects of the Information Revolution. RAND Corporation, 1991. https://www.rand.org/pubs/papers/P7745.html.

Ronfeldt, David. « Cyberocracy is coming ». The Information Society 8, no 4 (1992): 243‑96. https://doi.org/10.1080/01972243.1992.9960123.

Ronfeldt, David, et Danielle Varda. « The Prospects for Cyberocracy (Revisited) ». SSRN Scholarly Paper 1325809. Social Science Research Network, 1 décembre 2008. https://doi.org/10.2139/ssrn.1325809.

Wordliczek, Łukasz. « Can AI Save Democracy? : From Militant Democracy to Cyberocracy ». Politeja 23, no 2 (2026): 309‑25. https://doi.org/10.12797/Politeja.23.2026.102.18.


Monday, October 12, 2026

Concepts, théories: Initial Access Brokers (IAB)

Au sein de l'écosystème cybercriminel, les Initial Access Brokers (IAB), que l'on peut traduire par "courtiers en accès initial", jouent un rôle essentiel. Leur fonction consiste à fournir à d'autres cybercriminels et moyennant finance, des accès (illégaux) à des réseaux, systèmes, ordinateurs. Telle est leur spécialisation: chercher tous les moyens de s'introduire dans ces systèmes. Ils n'exploitent pas eux-mêmes les failles qu'ils ont découvertes, mais en font commerce. Ils sont présents sur les forums du dark web, des marchés clandestins, où l'offre et la demande se rencontrent. Leur fonction vient souvent en appui des opérations de ransomware où leur valeur ajoutée tient à ce qu'elle permet de rationaliser les attaques, réduire la charge de travail initiale que nécessite la préparation et le lancement d'une attaque (Check Point, report 2026). Les groupes de ransomware dépendent à des niveaux divers des IAB. Les groupes de hackers russes sembleraient en dépendre plus particulièrement (Price, 2025: F. Saccone, 2026). Les IAB demeurent des services externalisés (Chad Whelan, 2025) et l'un des maillons de la chaîne du cybercrime comme un service (ransomware-as-a-service; malware-as-a-service...). 

En 2023 et 2024, d'après le rapport 2026 de Check Point, les Etats-Unis sont de très loin, le pays le plus visé par les actions des IAB. En 2024, viennent ensuite le Brésil, puis l'Inde, la Chine, le Royaume-Uni, la France, par ordre décroissant. La Russie n'est pas dans le top 10. D'après ce même rapport, les accès sont vendus entre 500$ et 3000$, parfois plus. En 2023, 84% des annonces proposaient des prix inférieurs à 3000$. Ces fourchettes de prix sont identiques à celles que mentionne le rapport de la société Rapid7 (2025). 

Le gain financier semble être la motivation première des IAB. Mais il est possible parfois aussi que leur moteur soit de nature idéologique, politique, ou liée à des actions étatiques (exemple de l'IAB Miyak0 dont il est fait état dans le rapport de Check Point ci-dessus référencé). 

Lire: 

Boyd, Chris. Infiltrate and Escalate: The 2025 Access Brokers Report. Rapid7, 2026. https://www.rapid7.com/cdn/assets/blt020fa52ec2fb2a0a/689b28ce971a7437bfea8300/2025-initial-access-brokers-report.pdf.

Initial Access Brokers Report. Exposure Management. Check Point, 2026.

Price, Adam, et Ethan Spiteri. « From Initial Access to Ransomware Attack: An Analysis of Timelines from IAB Listings on Cybercriminal Forums to Extortion Attacks - CYJAX ». Cyjax, s. d. Consulté le 12 octobre 2026. https://www.cyjax.com/resources/blog/from-initial-access-to-ransomware-attack-an-analysis-of-timelines-from-iab-listings-on-cybercriminal-forums-to-extortion-attacks.

Whelan, Chad, Callum Jones, James Martin, et David Anthony Bright. « The Internal Structure of Ransomware Criminal Groups: An Analysis of Organisational Units, Functions, Roles, and Communication Patterns within Conti ». Global Crime 27, nos 2‑3 (2026): 112‑34. https://doi.org/10.1080/17440572.2025.2534387.

Monday, September 21, 2026

Concepts, théories: The Dead Internet Theory

La théorie de l'internet mort (Dead Internet Theory - DIT) suggère que l'essentiel du trafic de l'internet, des contenus qui y sont créés et y circulent, résulte désormais principalement de l'activité de bots, d'algorithmes, d'IA et non plus de celle des êtres humains. Les activités non-humaines domineraient ainsi le cyberespace. Les interactions humaines qui devaient être à la fois le moteur et l'essence même de l'internet, sont en déclin, en retrait, laissant place à la machine. Cette dynamique serait particulièrement forte dans les réseaux sociaux, où la marchandisation de la consommation des contenus a pris le pas sur la véritable communication entre les individus. L'activité humaine est progressivement reléguée à un rôle mineur (Prathamesh Muzumdar et al., 2025), (Yoshija Walter, 2025). Ce qui est mort, c'est donc l'internet tel qu'il avait été rêvé, utopique, ou tel qu'il nous avait été promu dans les années 1980-90: un espace de communications, de mises en relations, d'accès à la connaissance, d'interactions homme-homme via la machine. La DIT est considérée comme une théorie conspirationniste car elle affirmerait que les contenus générés par IA n'ont d'autre finalité que d'influencer et contrôler les comportements des individus (Terence Broad, 2024)


Lire: 

Broad, Terence. « Is computational creativity flourishing on the dead internet? » arXiv:2407.17590. Prépublication, arXiv, 3 juin 2024. https://doi.org/10.48550/arXiv.2407.17590.

Muzumdar, Prathamesh, Sumanth Cheemalapati, Srikanth Reddy RamiReddy, Kuldeep Singh, George Kurian, et Apoorva Muley. « The Dead Internet Theory: A Survey on Artificial Interactions and the Future of Social Media ». Asian Journal of Research in Computer Science 18, no 1 (2025): 67‑73. https://doi.org/10.9734/ajrcos/2025/v18i1549.

Walter, Yoshija. « Artificial Influencers and the Dead Internet Theory ». AI & SOCIETY 40, no 1 (2025): 239‑40. https://doi.org/10.1007/s00146-023-01857-0.

Friday, September 11, 2026

Concepts, théories: Aicracy

L'Aicracy ou AI-cracy serait une société gouvernée par l'IA, par les algorithmes. La notion aurait vu le jour en 2019 dans le cadre d'un projet mené au sein du département Industrial Design de l'Université de Wuppertal qui avait pour objectif de "présenter un avenir dystopique, afin de sensibiliser le public à des futurs indésirables tout en suscitant une réflexion sur la manière dont chacun souhaite voir l'avenir." Le site du projet présente les objets qu'il a imaginés et qui pourraient être ceux du quotidien d'une telle société gouvernée par les algorithmes: bracelet de transparence, patch du bonheur, chaise de productivité, panier de l'équité, machine à voter individuelle. Le projet nous invite à une réflexion critique sur ce que serait cette société où l'homme deviendrait l'esclave des données. Le projet est présenté dans un article publié en 2019 dans les actes de la conférence MuC'19 (Fabian Hemmert et al., 2019).

"AICracy: Beyond Democracy" est par ailleurs le titre d'un essai d'Eli Lopian (CEO de Typemock) qui invite à s'interroger sur "l'avenir de la prise de décision à l'ère de la gouvernance par l'IA et des technologies éthiques". Il propose de mettre la donnée au cœur de la gouvernance des sociétés modernes, à l'heure où la démocratie "se fissure sous le poids de la complexité, des préjugés et de la rapidité des changements modernes." (site de présentation du livre). Le livre offre une "solution" techno-déterministe : s'inspirer des méthodes de test logiciel pour tester les politiques publiques.

Lire: 

Hemmert, Fabian, Piet Becker, Alexander Görts, David Hrlic, David von Netzer, et Christopher J. Weld. « aicracy: Everyday Objects from a Future Society Governed by an Artifical Intelligence ». Proceedings of Mensch und Computer 2019 (New York, NY, USA), MuC ’19, 8 septembre 2019, 451‑56. https://doi.org/10.1145/3340764.3344438.

Lopian, Eli. AICracy : Beyond Democracy. Independently published. 2024.