Le concept d'ochlocratie se réfère au pouvoir de la rue (M. Winock, 2024), gouvernement de la foule, au pouvoir des masses, dont la force exerce sa pression sur le pouvoir en place. Elle est une forme dégénérée de la démocratie : "la démocratie dégénère en ochlocratie, l'aristocratie en oligarchie" (J.J. Rousseau, Du Contrat Social). L'ochlocratie survient quand les masses sont l'instrument de leaders populistes. Existe une autre notion assez proche, sémantiquement: celle de mobocratie (mobocracy) (F. Verger, 2021). J. P. Galvez entend l'ochlocratie dans son acception classique (terme grec ὀχλοκρατία (ochlocratie), qu'il traduit par « mob rule » (gouvernement de la foule, mais en prolonge la définition en la considérant comme une pathologie contemporaine des démocraties représentatives et non pas comme une catégorie ou un régime politique totalement distinct de la démocratie (J.P. Galvez, 2016). L'ochlocratie serait plutôt un phénomène affectant la démocratie de l'intérieur, une forme de captation des procédures démocratiques par des forces populistes qui tirent parti d'un affaiblissement de la paideia (formation civique des citoyens) et appuient leur dynamique sur une simplification du débat public, sur l'exploitation des mécanismes électoraux, etc. La société civile est généralement conçue comme un pilier de la démocratie mais dans certaines conditions (affaiblissement de l'efficacité des institutions, affaiblissement de la sphère publique de discussion rationnelle...) elle peut se faire le vecteur de l'ochlocratie (Jasmin Hasanović, 2015).
La notion d'internet-ochlocratie (Vsevolod O. Shipulin, 2021) désigne une situation où les processus décisionnels et les échanges publics sont dominés par des foules numériques, davantage que par un débat rationnel. Les masses connectées parviennent à influencer fortement les débats, les décisions ou les comportements collectifs via les réseaux numériques. L'un des défis de la gouvernance de l'espace numérique est alors de trouver un équilibre afin d'échapper aux deux risques que sont l'internet-ochlocratie d'un côté, la dictature informationnelle de l'autre.
Lire:
Hasanović, Jasmin. « Ochlocracy in the practices of civil society: a threat for democracy? » Studia Juridica et Politica Jaurinensis 2 (janvier 2015): 56‑66.
Padilla Gálvez, Jesús. « Democracy in Times of Ochlocracy ». Synthesis philosophica 32 (décembre 2017): 167‑78. https://doi.org/10.21464/sp32112.
Shipulin, Vsevolod O., Nikolay A. Kashchey, et Stanislava A. Bazikyan. « Internet-Ochlocracy Or Information Dictate: On Communicative Space Regulation In Digital Era ». European Proceedings of Social and Behavioural Sciences Perishable And Eternal: Mythologies and Social Technologies of Digital Civilization (décembre 2021): 87‑93. https://doi.org/10.15405/epsbs.2021.12.03.12.
Verger, Frédéric. « La mobocracy en Amérique ». Revue des deux Mondes, no 3 (2021): 156‑60. https://doi.org/10.3917/rd2m.2104.0156.
Winock, Michel. « De la démocratie à l’ochlocratie : comment gouverner les Français ? » Informations. Challenges, 20 juillet 2024. https://www.challenges.fr/idees/de-la-democratie-a-l-ochlocratie-comment-gouverner-les-francais_900008.