L'exceptionnalisme américain est "the notion that the United States is unique among nations and that the American way is invariably the best" (J. Konyndyk, 2020). Mais cette façon de penser, de s'estimer par rapport aux autres, de hiérarchiser les individus, les sociétés, les cultures, a ses revers: elle aveugle à la fois dirigeants et citoyens, elle n'est qu'arrogance, "ignorance du reste du monde" (J. Konyndyk, 2020). Mais on ne peut pas réduire l'exceptionnalisme à sa forme américaine, puisqu'on évoque aussi un exceptionnalisme européen (ie. de l'UE) (L. Robert, 2019), l'exceptionnalisme grec (T. Gallant, 1997), ou encore l'exceptionnalisme asiatique qui correspondrait au regard (erroné) que portent les occidentaux sur les communautés asiatiques, considérant ces dernières comme une "minorité modèle", différente des autres (G. Bahadur, 2023); exceptionnalisme asiatique renvoyant également à l'idée selon laquelle l'Asie serait une exception aux mécanismes généraux de la modernisation et du développement démocratique observés dans le reste du monde, comme si le monde asiatique répondait à d'autres règles, d'autres principes en raison de fondements culturels différents (thèse réfutée par Ch. Welzel, 2012). L'exceptionnalisme implique donc toujours un regard, sur les autres ou par rapport aux autres, qui oppose universalité et particularité. La manière dont un Etat se perçoit a des conséquences sur la manière dont il définit son rôle international. Cette identité nationale détermine le comportements internationaux, rendant aux yeux de ceux qui les défendent certaines politiques naturelles, légitimes, voire nécessaires. Mais l'exceptionnalisme n'est pas intrinsèquement conflictuel et les conséquences sur la paix internationale dépendent du type d'exceptionnalisme (N. Nymalm, J. Plagemann, 2019): impérial (favoriserait le conflit, l'unilatéralisme); civilisationnel (aurait pour conséquence l'isolement, une prise de distance vis-à-vis des autres Etats); internationaliste (favoriserait le multilatéralisme, la coopération); globaliste (privilégierait la promotion de normes universelles et le multilatéralisme).
Le cyber-exceptionnalisme est un point de vue qui a accompagné l'essor d'internet dans les années 1990: d'une part le monde numérique ou virtuel diffère fondamentalement du monde physique, le cyberespace doit donc être traité comme un univers distinct; d'autre part le cyberespace a un pouvoir tel qu'il signe la fin de la souveraineté des Etats (J. Pohle, 2020).
Lire:
Bahadur, Gaiutra. « Unmaking Asian Exceptionalism ». Boston Review, 2023. https://www.bostonreview.net/articles/unmaking-asian-exceptionalism-bahadur/.
Gallant, Tom. 'Greek Exceptionalism and Contemporary Historiography: New Pitfalls and Old Debates', Journal of Modern Greek Studies 15/2 (1997), 209-216.
Konyndyk, Jeremy. « Exceptionalism Is Killing Americans ». Foreign Affairs, 8 juin 2020.
Nymalm, Nicola, et Johannes Plagemann. « Comparative Exceptionalism: Universality and Particularity in Foreign Policy Discourses ». International Studies Review 21, no 1 (2019): 12‑37. https://doi.org/10.1093/isr/viy008.
Pohle (Julia), et Thiel (Thorsten). « Digital Sovereignty ». Internet Policy Review 9, no 4 (2020). https://doi.org/10.14763/2020.4.1532.
Robert, Loïc. « L’exceptionnalisme européen ». In L’exception en droit de l’Union européenne. Presses universitaires de Rennes, 2019. https://doi.org/10.3917/pur.carpa.2019.01.0187.
Welzel, Christian. « The Myth of Asian Exceptionalism: Response to Bomhoff and Gu ». Journal of Cross-Cultural Psychology 43, no 7 (2012): 1039‑54. https://doi.org/10.1177/0022022112455458.