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Saturday, February 28, 2026

Conflit Iran-USA/Israël en cours... Ses composantes cyber

Ce 28 février 2026 marque le début d'une nouvelle séquence d'affrontements militaires entre USA/Israël et l'Iran (guerre ou opération de guerre).

Sur le plan "cyber" on fait déjà état le 28 février 2026 d'un blackout total de l'internet en Iran. Selon l'agence FARS, le pays a subi de nombreuses cyberattaques. (contre des agences de presse, les infrastructures critiques, les systèmes de communication militaires, l'aviation, etc. ) Opérations de guerre électronique, cyber-attaques, ont été déployées pour réduire les capacités de la défense iranienne, limitant ses capacités de frappes par missiles notamment. La coupure de l'internet iranien pourrait être le fait des autorités iraniennes elles-mêmes (comme elles le firent en 2025), afin de bloquer les attaques; mais ici elles semblerait plutôt résulter de la vague de cyberattaques massives qu'a lancées Israël

(source: https://www.bbc.com/news/live/cn5ge95q6y7t)

Les Etats-Unis avaient déjà eu recours à des cyberattaques pour perturber les défenses iraniennes lors de leurs affrontements en 2025. Les autorités iraniennes avaient alors coupé internet.  

Les cyber-attaques que l'on observe lors de ces phases de combat ont été précédées, sur de longues périodes dans le cas des tensions avec l'Iran, de cyber-opérations plus ou moins destructrices et perturbatrices, visant les systèmes de défense iraniens et menées par le cyber-commandement américain (exemple: les cyberattaques de 2019). Israël est également impliqué dans ces manœuvres. Les cyber-opérations en cours prolongent celles qui ont débuté en janvier 2026 (piratage des communications  par satellites iraniennes, diffusion de messages à la population appelant à renverser le régime). 

Sur le plan cybernétique, les réactions iraniennes pourraient se traduire par des actions cybercriminelles ou des cyberattaques étatiques masquées: les hackers iraniens ou pro-iraniens pourraient mener des attaques DDoS ou de ransomware contre les pays impliqués dans l'opération militaire. 

Une autre guerre a été déclarée deux jours avant par le Pakistan, contre l'Afghanistan. Là encore le cyber aura certainement sa place. 

Friday, February 27, 2026

Concepts et notions: le transhumanisme

Le dernier numéro de la revue Métal Hurlant (n°18, février 2026) met à l'honneur le transhumanisme. 

On attribue généralement l'introduction du terme à Julian Huxley (biologiste et écrivain britannique), qui en fait le titre de l'un de ses essais en 1957. (Julian Huxley, Transhumanism, pp. 13-17, in New Bottles for New Wine, 1957, Edinburgh) Dans ce texte J. Huxley postule que l’homme est devenu, sans l’avoir choisi, le « gestionnaire » de l’évolution sur Terre, et qu'il est désormais de sa responsabilité de réaliser pleinement les potentialités humaines — physiques, intellectuelles et spirituelles — tant au niveau individuel que collectif. Or, la plupart des êtres humains vivant très en dessous de leurs capacités, il reste un immense champ inexploré : celui des possibilités de la personnalité, de l’intelligence, de la créativité et du développement spirituel. La science doit apporter les moyens de ce dépassement. Soulignons qu'il ne doit pas s'agir de projets individualistes, mais bien d'une ambition pour l'humanité toute entière qui doit collectivement franchir ces nouvelles limites. 

Dans un rapport de 2020 sur l"Internet of Bodies", la RAND Corporation rappelait l'une des définitions du transhumanisme: une vision philosophique et politique qui promeut l’usage des technologies pour dépasser les limites biologiques humaines (augmentation physique ou cognitive des humains, repousser les limites de l'espérance de vie et du vieillissement, utilisation de technologies avancées pour "améliorer" l'être humain au-delà de ses capacités naturelles). L'internet des corps (internet of bodies), notion que décline le rapport, s'inscrit dans la vision plus large du transhumanisme. 

Toutes ces notions, tous ces projets, soulèvent bien sûr des questions éthiques. 

Saturday, February 14, 2026

Concepts et théories - Smart Authoritarianism, King's Dilemma...

Lind, Jennifer. « China’s Smart Authoritarianism ». Foreign Affairs, 10 février 2026. https://www.foreignaffairs.com/china/chinas-smart-authoritarianism.

La notion de "smart authoritarianism" est mobilisée par Jennifer Lind dans un récent article publié dans la revue Foreign Affairs. Selon elle, la Chine aurait résolu ce que des théoriciens considéraient comme étant une contradiction structurelle: un régime autoritaire peut innover technologiquement et se porter au niveau des superpuissances. Le "smart authoritarianism" est un autoritarisme adaptatif: il combine contrôle politique et un savant dosage d'ouverture ou de souplesse pour rendre possible les conditions de l'innovation. Cette posture va à l'encontre du dilemme du roi (King's Dilemma, introduit par Samuel Huntington en 1968) selon lequel les autocrates sont pris entre deux postures incompatibles: trop de contrôle entraîne de la stagnation, trop d'ouverture crée un risque politique pour le régime en place. La Chine n'a pas choisi entre les deux. La politique du PCC a adopté les choix suivants: investissements massifs dans le capital humain (formations d'ingénieurs et docteurs, universités d'élite...), transformation du droit du commerce et de la propriété, contrôle de la société civile mais mutation des outils de contrôle (contrôle informationnel et surveillance ciblés, surveillance technologique). Surtout, ce point d'équilibre que recherche le régime, n'est pas figé (il est fonction du contexte géopolitique, des avancées technologiques, de l'opinion publique...)

Friday, February 13, 2026

Revue Réseaux - Appel à contributions

La revue Réseaux a ouvert un appel à contribution pour son prochain numéro qui sera consacré à "Souveraineté (et) numérique". Deadline: 1er juin 2026. 

Thursday, February 12, 2026

France - Stratégie Nationale de Lutte contre les Manipulations de l'Information 2026-2030

France - Stratégie Nationale de Lutte contre les Manipulations de l'Information 2026-2030. SGDSN, Février 2026, 66 pages. 

L'objet principal de cette stratégie est de lutter contre les tentatives d'ingérences numériques étrangères. 

Sur la même thématique, lire également le rapport de synthèse publié par la DTIP en septembre 2025 (Direction Interministérielle de la Transformation Publique) et réalisé à la demande de Viginum: "Lutter efficacement contre les manipulations de l’information. Revue de la littérature académique et des interventions probantes". La bibliographie qui occupe 5 pages de références n'intègre pas uniquement des publications académiques, puisqu'on y retrouve des rapports de la Commission Européenne, des décrets, des rapports de la DTIC. On notera également que ces références bibliographiques accordent une très large place aux publications en langue anglaise. 

NATO - The NextGen Information Environment

Bolt, Neville, et Elina Lange-Ionatamishvili. The NextGen Information Environment. NATO Stratcom COE, 2026. https://stratcomcoe.org/publications/the-nextgen-information-environment/339.

Dans ce rapport les auteurs traitent de la transformation radicale de l'environnement informationnel sous l'effet de technologies émergentes, dont l'IA ou les neuro-technologies. Deux questions sont principalement soulevées: Comment ces transformations vont-elles redéfinir les interactions publiques avec l'information? Comment les innovations vont-elles remodeler les dynamiques de puissance géopolitique, et influencer la résilience des processus démocratiques? Nous sommes entrés dans une phase de notre histoire où les machines ne se réduisent plus seulement à transmettre l'information, mais elle la produisent, la filtrent, la hiérarchisent, de manière autonome (passage d'un monde de l'information à un monde algorithmique); ce qui ne saurait être sans conséquences sur nos sociétés qui se trouvent dans le même temps plongées dans un écosystème stratégique contesté, où l'influence des démocraties libérales est remise en question, ces dernières perdant plusieurs attributs de leur puissance (capacité d'influence, souveraineté technologique). Conserver ou reconstruire les capacités d'influence impose aux Etats de se doter des capacités modernes du conflit informationnel: un environnement de compétition algorithmique, où s'affrontent les machines. Il faut s'adapter à un monde nouveau dans lequel l'IA modifie la manière dont les humains perçoivent le monde, notamment lorsqu'elle fragmente le socle factuel commun.

Tuesday, February 10, 2026

Inde - Quelles leçons tirer de l'opération Absolute Reserve? Le rôle du "cyber" dans les guerres modernes

Shivane, A.B. « Operation Absolute Resolve and the Future of Warfare: Military Lessons for India ». MP-IDSA - Issue Brief. Manohar Parrikar Institute for Defence Studies and Analyses (New Dehli, India), février 2026. MP-IDSA Édition.

L'Inde s'interroge actuellement sur la nécessité de repenser l'organisation de ses forces de défense. Les enseignements de l'opération américaine Absolute Reserve conduisent à devoir repenser urgemment la conduite des opérations, l'organisation des forces autour des théâtres d'opérations (en anglais "theaterisation", mettre en place une architecture C5ISR, d'atteindre la suprématie dans le domaine cyber et le spectre électromagnétique, renforcer le commandement des forces d'opérations spéciales, développer des capacités de guerre cognitive, de consolider la fusion civilo-militaire. Mais il faut aussi tenir compte des spécificités indiennes (culture stratégique, perception des menaces, environnement opérationnel). 

Les défis rencontrés par les forces de défense indiennes ne lui sont pas spécifiques. Les multiples niveaux de modernisation ou transformation évoqués là s'inscrivent dans le prolongement direct des dynamiques qui animent les reconstitutions permanentes des forces dans le monde. La façon de faire la guerre évolue en permanence, sous l'effet conjugué des évolutions des doctrines, des technologies, des reconfigurations du système international, des rapports de force, de la nature des adversaires à combattre. 

Dans cet univers guerrier, si les technologies ne décident pas de l'issue des conflits, elles influencent cependant fortement le rythme des opérations. L'intérêt de l'article, pour nous, réside dans la synthèse qu'il permet de faire des fonctions du cyber dans les conflits modernes. 

Le cyber permet en effet, toujours selon l'auteur de l'article, de contribuer au brouillage des systèmes de défense ennemis (afficher sur es écrans des données erronées); paralyser des systèmes essentiels (électricité par exemple) en les ayant cartographié et pénétré longtemps à l'avance (mode opératoire des APT); blocage des systèmes de communication des C2; paralysie des systèmes de communication militaire via des attaques de déni de service; compromission des systèmes de caméras de surveillance permettant aux forces américaine de voir à l'intérieur du Venezuela; la cyberdéfense a maintenu l'ennemi dans un état "comateux"... Les batailles sont donc préparées longtemps à l'avance et le cyber joue un rôle essentiel en ce qu'il permet des opérations difficilement détectables. Le cyber prend place dans les opérations militaires, comme la brique d'un ensemble coordonné, pour atteindre un objectif stratégique défini. Les diverses composantes des forces (cyber, électro, infowar, terre, air, mer, forces spéciales...) n'ont pas agi de manière isolée, mais combinée, faisant bloc ("as a single, fused organism"). Toutes les forces étaient organisées autour d'un théâtre unique. Dans cette organisation, le cyberespace est la première force de frappe, complétée par les effets de la guerre électronique. Ces deux domaines ne sont plus des compléments de la puissance aérienne, terrestre ou navale. Ils conditionnent l'efficacité de leur utilisation. "For India, the most profound lesson is that the battlefield now begins in cables, satellites, power grids, fibre optics, routers, servers and minds.".