Quand on pense à la guerre (et à la paix) en termes de coûts (ie de conséquences ou de prix à payer, la notion de prix devant entendue ici dans son sens le plus large), on évoque généralement trois dimensions (le coût financier, le coût humain, le coût socio-politique). Mais il convient d'en ajouter une quatrième, prenant en compte le coût environnemental. Ces coûts multiples sont interdépendants et affectent à court terme mais aussi très durablement les sociétés (R.L. Abel 1991).
Le coût financier
Dimension mesurable, le coût financier englobe à la fois le prix des armes, celui de la destruction, de la reconstruction mais aussi les impacts directs ou indirects sur l'activité économique (baisses de productions, réallocation des capacités industrielles, inflation des prix à la consommation, marchés noirs...) (J. Federle, A. Meier, et al., 2026) des belligérants et souvent bien au-delà en fonction de l'importance géopolitique du confit (le conflit en Iran de 2026 en est une nouvelle illustration: le prix de l'essence à la pompe a subi une inflation importante partout dans le monde). On peut y ajouter également la prise en charge des soins des blessés, les pensions des vétérans, les intérêts des emprunts qui ont servi à financer la guerre. Pour les victimes et leurs familles ce peut aussi être des pertes de revenus, des coûts additionnels, etc.
Le coût humain
Nombre d'individus tués et blessés, combattants ou non, sont au premier décompte des coûts humains. Il faut toutefois dépasser ces chiffres. Plus largement la santé des individus est mise à mal dans les pays en guerre: accès difficile ou impossible à des systèmes de soin dégradés ou détruits, maladies non traitées, épidémies, mais aussi santé mentale des individus des territoires en guerre (avec des conséquences sur le long terme). Les populations civiles sont tout autant que les combattants victimes des guerres et souffrent des dégradations de leurs conditions d'existence: populations mises à la rue, déplacements de populations (parfois définitifs), migrations, répressions, violences dégradantes, atteintes aux droits fondamentaux des individus... Au terme des guerres, la reconstruction ne concerne pas les seules villes, infrastructures, ou le seul appareil industriel. Il faut reconstruire les individus. Le coût humain est bien sûr étroitement lié aux coûts économiques. Les pertes humaines peuvent affecter le taux de natalité, la répartition des populations par tranches d'âges, avec des effets sur la consommation, sur la main d'œuvre, la production et in fine la création d'activité économique et de richesse d'un pays.
Le coût politique et social
De la guerre peut résulter, aussi bien chez les vaincus que les vainqueurs, une érosion des libertés et de la démocratie, se traduisant par une détérioration des institutions (dans des cas bien particuliers toutefois; conflits infra-étatiques, sociétés fragmentées) (E. Benmelech, J. Monteiro, 2026). Selon Crawford et Lutz (2025) les guerres et la mobilisation durable produisent climat de peur, de méfiance et militarisation des mentalités qui minent progressivement les valeurs et les conditions d'existence de la démocratie. Dans ses fondements, la démocratie ne prône pas la guerre comme mode privilégié de traitement des conflits. Dans le climat de peur et d'urgence de la guerre, les débats et différences politiques s'estompent, il y a concentration des pouvoirs, affaiblissement des contre-pouvoirs... La guerre et la peur qu'elle favorisent les choix autoritaires, engendrent des restrictions aux libertés civiles, réduisent les droits des groupes perçus comme ennemis, etc. La militarisation est l'un des principaux moteurs de cette érosion de la démocratie.
Le coût environnemental
"Quand les éléphants de battent c'est l'herbe qui souffre", proverbe Kenyan, inscrit en introduction de l'article Warfare and Its Environmental Impact (Opangmeren Jamir, 2025). La dégradation de l'environnement est manifeste dans la destruction des infrastructures essentielles (traitement et distribution de l'eau, électricité, habitations...), la présence des produits hautement toxiques utilisés dans les bombes et autres types de munitions qui polluent air, sols, sous-sols, eau... Faune et flore sont les victimes des guerres. Autant de pollutions qui débordent très largement des frontières des théâtres de guerre. On peut évaluer les conséquences de la guerre sur l'environnement en termes de CO2 (D. Nourbaha, 2026).
L'évaluation des dégâts provoqués par les guerres est un exercice nécessaire, salutaire, qui devrait guider les décisions politiques. Est-ce le cas? (J. Tirman, 2015).
Ressources:
Sites Warcosts.org : 40 open datasets covering every US war, military spending, arms sales, bases, veterans, and more.
Lire:
Abel, Richard L. « The Costs of War ». Negotiation Journal 7, no 3 (1991): 235‑48. https://doi.org/10.1111/j.1571-9979.1991.tb00619.x.
Benmelech, Efraim, et Joao Monteiro. War and Democratic Backsliding. NBER Working Papers 34734. NBER Working Papers. National Bureau of Economic Research, Inc., 2026. https://ideas.repec.org//p/nbr/nberwo/34734.html.
Crawford, Neta C., et Catherine Lutz. « Long War & the Erosion of Democratic Culture ». Daedalus 154, no 4 (2025): 161‑80. https://doi.org/10.1162/DAED.a.951.
Federle, Jonathan, André Meier, Gernot J. Müller, Willi Mutschler, et Moritz Schularick. « The Price of War ». American Economic Review 116, no 3 (2026): 791‑827. https://doi.org/10.1257/aer.20241355.
Nourbaha, Daryush. « Le coût environnemental de la guerre – État de la planète ». Columbia Climate School, 15 avril 2026. https://news.climate.columbia.edu/2026/04/15/the-environmental-cost-of-war/.
Opangmeren, Jamir. Warfare and Its Environmental Impact. Manohar Parrikar Institute for Defence Studies and Analyses (MP-IDSA, 2025. https://idsa.in/wp-content/uploads/2025/11/Issue-Brief-Dr-Opangmeren-Jamir-26-November-2025.pdf.
Tirman, John. « The Human Cost of War ». Foreign Affairs, 8 octobre 2015. https://www.foreignaffairs.com/articles/middle-east/2015-10-08/human-cost-war.
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