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Sunday, April 19, 2026

Concepts, théories: Ontological (in)security / (In)sécurité ontologique

La sécurité ontologique est un concept introduit par le psychologue R.D. Laing (The Divided Self) en 1960 (la sécurité ontologique est un état caractérisé par l'absence d'anxiété garantissant que l'identité et l'autonomie ne sont jamais menacées), et forgé par le sociologue Anthony Giddens (1990-1994), pour désigner "la confiance que nous attribuons à la continuité de notre propre identité ainsi qu’à la constance de notre environnement social et matériel" (Sebastian J. Moser, Paul-Loup Weil-Dubuc, 2017). 

Transposé à la politique internationale, on considère que les Etats recherchent deux types de sécurité: physique et ontologique (Jennifer Mitzen, 2006). La sécurité ontologique désigne le besoin fondamental d'un Etat de maintenir une image stable et cohérente de lui-même. Il cherche à survivre physiquement, politiquement, mais cherche aussi à rester fidèle à son identité, son rôle, la manière dont il se perçoit dans le monde. Perdre son identité en prenant des mesures qui lui soient contraire, est une mise en insécurité ontologique. Ainsi des Etats peuvent s'engager dans des guerres coûteuses, rationnellement contraires à leurs intérêts, mais qui du point de vue ontologique s'expliquent, car en faisant ces choix ils privilégient par exemple le maintien de leur image de grande puissance. La sécurité ontologique d'une société, d'une population, peut être menacée (on parle alors d'insécurité ontologique) par divers facteurs tels que des tension sociales, ethniques, des conflits armés, la violence, une situation critique. Les interactions dans le cyberespace peuvent être des facteurs de perturbation de la sécurité ontologique des Etats (Lupovici, 2023), en remettant en question leur identité même (le cyberespace modifiant les conditions d'exercice du pouvoir, et créant des alternatives au système étatique, contribuant à fragiliser les récits traditionnels sur l'Etat protecteur et souverain, en introduisant des acteurs non étatiques capables de concurrencer l'Etat, en permettant des formes de reconstruction identitaire en dehors de l'Etat, voire encore en remettant en cause la notion de frontières territoriales. En somme, avec le cyberespace, l'Etat n'apparaîtrait plus comme un acteur stable. 

Lire

Cherry-Smith, Benjamin. « Immigration, the “Chinese Question”, and Ontological Insecurity in Colonial Australia ». Australian Journal of Politics & History 67, no 2 (2021): 208‑25. https://doi.org/10.1111/ajph.12753.

Laing, R. The Divided Self: An Existential Study in Sanity and Madness. Reprint. Penguin, 1990.

Lupovici, Amir. « Ontological Security, Cyber Technology, and States’ Responses ». European Journal of International Relations 29, no 1 (2022): 153‑78. https://doi.org/10.1177/13540661221130958.

Mitzen, Jennifer. « Ontological Security in World Politics: State Identity and the Security Dilemma ». European Journal of International Relations - EUR J INT RELAT 12, no 3 (2006): 341‑70. https://doi.org/10.1177/1354066106067346.

Moser, Sebastian J., et Paul-Loup Weil-Dubuc. « La sécurité ontologique : un enjeu de justice ». Gérontologie et société 39, no 154 (2017): 95‑108. https://doi.org/DOI 10.3917/gs1.154.0093.

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