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Friday, April 3, 2026

Concepts, théories: Structural Modifier

Plutôt que considérer le cyberespace comme un nouveau domaine d'action (dans lequel les Etats mènent des cyberattaques, cyber-opérations), ou l'instrument d'une révolution (facteur de transformations profondes des logiques de guerre ou de politique internationale), M Foulon et G. Meibauer proposent de le définir comme un facteur "modificateur structurel" (structural modifier), c'est-à-dire comme un instrument influençant les comportements des Etats à l'intérieur de la structure internationale existante. Il y a altération de la nature et du nombre d'interactions entre les Etats, mais en restant toujours à l'intérieur de la structure existante. Le modificateur structurel ne change pas la structure elle-même (anarchie, distribution de puissance) mais la manière dont les Etats en subissent les effets. 

Cette notion de "modificateurs structurels" s'inscrit dans le cadre théorique du néoréalisme défensif. Selon Snyder, les modificateurs structurels influencent la façon dont les acteurs ressentent « les effets des éléments structurels les plus fondamentaux [comme l’anarchie et la répartition du pouvoir matériel entre les États] sur le processus d’interaction", "mais ils ne constituent pas l’interaction elle-même". Snyder donne quelques exemples de ces modificateurs: normes, institutions, technologie militaire.

Lire: 

- Foulon, Michiel, et Gustav Meibauer. « How cyberspace affects international relations: The promise of structural modifiers ». Contemporary Security Policy 45, no 3 (2024): 426‑58. https://doi.org/10.1080/13523260.2024.2365062.

Lobell, Steven E. « Réalisme structurel/Réalisme offensif et défensif ». In Oxford Research Encyclopedia of International Studies, édité par Nalanda Roy. Oxford University Press, s. d. https://doi.org/10.1093/acrefore/9780190846626.013.304.

Snyder, G. H. (1996). Process variables in neorealist theory. Security Studies5(3), 167–192. https://doi.org/10.1080/09636419608429279

Concepts, théories: Globalization / Mondialisation

Selon Eswar Prasad, la mondialisation serait en échec. Il en serait terminé des promesses de la mondialisation: stabilité géopolitique, apaisement des relations internationales, réduction du fossé entre économies avancées et celles en développement, rapprochement des peuples, partage de la prospérité, stabilité économique, en s'appuyant sur des principes tels que la libre circulation des biens, des capitaux, des individus, des ressources, des idées, des technologies, du savoir... Mondialisation en échec car elle a eu des effets extrêmement dévastateurs: sur l'emploi dans les pays riches, sur le partage inégal ou trop déséquilibré des richesses créées... Le rêve d'intégration économique internationale a échoué. La mondialisation est devenue source de tensions, de discorde. Elle n'a pas su tenir des promesses. Mais tout n'est pas pour autant perdu. Il faut essayer de comprendre comme ce qui devait être un vecteur de coopération est devenu raison de conflits, et pourquoi la tendance au conflit surpasse celle de la coopération.  

Les technologies, en particulier NTIC (internet, cyberespace...), mais également dans les transports, sont l'un des moteurs centraux de cette globalisation. Le techno-mondialisme, prônant un internet mondial ouvert et libre, est apparu dans les années 1990-2000 comme un idéal, un moyen de diffuser les valeurs, les libertés politiques, économiques. Il s'agissait de s'opposer à un cloisonnement de l'internet. Mais le dynamisme de la mondialisation a également eu pour revers celui de la criminalité et de nouvelles formes de criminalités, au rang desquelles la cybercriminalité. Ce dynamisme s'est également vu opposer les résistances et choix de cloisonnement de plusieurs Etats (Chine, Russie...) Les divisions se font telles à l'échelle internationale que l'on serait face à un internet "fragmenté", en raison de l'impossible convergence des Etats en matière de gouvernance, des intérêts divergents, des tensions multiples qui s'agrègent autour du cyber mais qui ne sont que le reflet ou le prolongement de ce que sont les relations internationales aujourd'hui. 

Quelle est et sera alors la place du cyberespace à l'heure du crépuscule de la mondialisation ou de son renouveau? 

A lire: 

- Prasad, Eswar. « How Geopolitics Overran Globalization ». Foreign Affairs, 31 mars 2026. https://www.foreignaffairs.com/united-states/how-geopolitics-overran-globalization.
James, Harold. « The Supply Chain Crisis and the Future of Globalization ». Foreign Affairs, 2 février 2022. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2022-02-02/supply-chain-crisis-and-future-globalization.
Sherman, Graham Webster et Justin. « The Fall and Rise of Techno-Globalism ». Foreign Affairs, 28 octobre 2021. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2021-10-28/fall-and-rise-techno-globalism.

Wednesday, April 1, 2026

Concepts, théories: "Alliance Allergy"

L'expression "alliance allergy" pourra être traduite en français par "allergie aux alliances", "aversion pour les alliances". Elle désigne cette posture, sur la scène internationale, des Etats qui à l'exemple de la Chine, et semble-t-il plus largement des puissances émergentes (pour autant que l'on puisse encore s'autoriser à qualifier de telle l'empire du milieu) choisissent de se tenir à l'écart des alliances avec les Etats les plus puissants. 

A lire: Resnick, Evan N. « China’s Unilateralism and the “Alliance Allergy” of Rising Powers ». International Politics, publication en ligne anticipée, 4 février 2026. https://doi.org/10.1057/s41311-025-00750-5.

Monday, March 30, 2026

Concepts, théories: the Cyber Gap

Le "cyber gap" (ou fossé numérique) désigne l'écart (asymétrie structurelle) constaté entre le niveau d'adoption des technologies numériques par les Etats, et leurs capacités de cybersécurité. Cet écart est le fait d'une différence entre la rapidité d'adoption des technologies et la vitesse de l'évolution de la prise en compte des enjeux de cybersécurité et la mise en œuvre des protections (création de la loi, des politiques, stratégies, normes, capacités...) Deux mesures du phénomène peuvent être réalisées: l'écart de niveau et l'écart de rythme, qui permettent de réaliser un diagnostic de la situation dans les Etats, et de les comparer.  

A lire: Belkhamza, Zakariya. « Bridging the Cyber Gap: Mapping Misalignment Between Digital Adoption and Cybersecurity Capacity ». International Conference on Cyber Warfare and Security 21, no 1 (2026): 36‑44. https://doi.org/10.34190/iccws.21.1.4503.

Concepts, théories: Riskification

Le concept de "riskification" n'est pas traduisible en français en un seul mot. On évoquera par exemple la "riskification of cybersecurity" qui désigne une manière d'appréhender la cybersécurité, consistant à considérer les problèmes cybernétiques comme des risques de sécurité, et donc à privilégier une approche de type gestion des risques, plutôt que la prévention des menaces. Elle serait une tendance actuelle de la cybersécurité, davantage orientée vers la prise en considération des cyber-risques, et s'écartent de la gestion des cyber-menaces. Cette approche a de multiples conséquences : elle n'impose pas d'état d'urgence; elle suppose anticipation, prévention, détection, prédiction, détection d'anomalies, profilage préventif, élargissement de l'attention au-delà des risques imminents. La "riskification" est "un processus d'organisation des pratiques de sécurité selon des méthodes de précaution et de prévention". La "riskification "décrit comment le concept de risque devient un principe organisateur central de la société, influençant tous les aspects, des comportements individuels aux politiques institutionnelles en passant par les stratégies de gouvernance nationale". Elle est également considérée comme une forme subtile de la "securitization": la "riskification" "appréhende les problèmes de manière plus globale, en les orientant vers diverses sources de préjudices à prendre en compte. Plus concrètement, la riskification attribue des probabilités aux dangers afin de « maîtriser » les risques (souvent par des processus technocratiques)". 

Un processus ou approche centré sur la menace sera dit de "threatification". Un très utile tableau est proposé dans l'article de Mathilda Englund et Karina Barquet (voir références ci-dessous), qui distingue les caractéristiques des deux approches que sont la riskification et la threatification

A lire: 

- Aanonsen, Claudia E., et Rita Augestad Knudsen. « Riskification and the production of threat: a comparison of risk assessments in cybersecurity and counter-terrorism ». Critical Studies on Security, may 2025: 1‑26. https://doi.org/10.1080/21624887.2025.2509343.

Ph.D, Arthur Stuart Firkins. « Riskification : Unravelling the Discourse of Danger and Safety” ». Risk in MindTM — Rethinking Risk., 11 mai 2025. https://medium.com/risk-in-mind-rethinking-risk/riskification-unravelling-the-discourse-of-danger-and-safety-7297a55883ea.

Englund, Mathilda, et Karina Barquet. « Threatification, riskification, or normal politics? A review of Swedish climate adaptation policy 2005–2022 ». Climate Risk Management 40 (janvier 2023). https://doi.org/10.1016/j.crm.2023.100492.