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Friday, April 3, 2026

Concepts, théories: Globalization / Mondialisation

Selon Eswar Prasad, la mondialisation serait en échec. Il en serait terminé des promesses de la mondialisation: stabilité géopolitique, apaisement des relations internationales, réduction du fossé entre économies avancées et celles en développement, rapprochement des peuples, partage de la prospérité, stabilité économique, en s'appuyant sur des principes tels que la libre circulation des biens, des capitaux, des individus, des ressources, des idées, des technologies, du savoir... Mondialisation en échec car elle a eu des effets extrêmement dévastateurs: sur l'emploi dans les pays riches, sur le partage inégal ou trop déséquilibré des richesses créées... Le rêve d'intégration économique internationale a échoué. La mondialisation est devenue source de tensions, de discorde. Elle n'a pas su tenir des promesses. Mais tout n'est pas pour autant perdu. Il faut essayer de comprendre comme ce qui devait être un vecteur de coopération est devenu raison de conflits, et pourquoi la tendance au conflit surpasse celle de la coopération.  

Les technologies, en particulier NTIC (internet, cyberespace...), mais également dans les transports, sont l'un des moteurs centraux de cette globalisation. Le techno-mondialisme, prônant un internet mondial ouvert et libre, est apparu dans les années 1990-2000 comme un idéal, un moyen de diffuser les valeurs, les libertés politiques, économiques. Il s'agissait de s'opposer à un cloisonnement de l'internet. Mais le dynamisme de la mondialisation a également eu pour revers celui de la criminalité et de nouvelles formes de criminalités, au rang desquelles la cybercriminalité. Ce dynamisme s'est également vu opposer les résistances et choix de cloisonnement de plusieurs Etats (Chine, Russie...) Les divisions se font telles à l'échelle internationale que l'on serait face à un internet "fragmenté", en raison de l'impossible convergence des Etats en matière de gouvernance, des intérêts divergents, des tensions multiples qui s'agrègent autour du cyber mais qui ne sont que le reflet ou le prolongement de ce que sont les relations internationales aujourd'hui. 

Quelle est et sera alors la place du cyberespace à l'heure du crépuscule de la mondialisation ou de son renouveau? 

A lire: 

- Prasad, Eswar. « How Geopolitics Overran Globalization ». Foreign Affairs, 31 mars 2026. https://www.foreignaffairs.com/united-states/how-geopolitics-overran-globalization.
James, Harold. « The Supply Chain Crisis and the Future of Globalization ». Foreign Affairs, 2 février 2022. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2022-02-02/supply-chain-crisis-and-future-globalization.
Sherman, Graham Webster et Justin. « The Fall and Rise of Techno-Globalism ». Foreign Affairs, 28 octobre 2021. https://www.foreignaffairs.com/articles/world/2021-10-28/fall-and-rise-techno-globalism.

Wednesday, April 1, 2026

Concepts, théories: "Alliance Allergy"

L'expression "alliance allergy" pourra être traduite en français par "allergie aux alliances", "aversion pour les alliances". Elle désigne cette posture, sur la scène internationale, des Etats qui à l'exemple de la Chine, et semble-t-il plus largement des puissances émergentes (pour autant que l'on puisse encore s'autoriser à qualifier de telle l'empire du milieu) choisissent de se tenir à l'écart des alliances avec les Etats les plus puissants. 

A lire: Resnick, Evan N. « China’s Unilateralism and the “Alliance Allergy” of Rising Powers ». International Politics, publication en ligne anticipée, 4 février 2026. https://doi.org/10.1057/s41311-025-00750-5.

Monday, March 30, 2026

Concepts, théories: the Cyber Gap

Le "cyber gap" (ou fossé numérique) désigne l'écart (asymétrie structurelle) constaté entre le niveau d'adoption des technologies numériques par les Etats, et leurs capacités de cybersécurité. Cet écart est le fait d'une différence entre la rapidité d'adoption des technologies et la vitesse de l'évolution de la prise en compte des enjeux de cybersécurité et la mise en œuvre des protections (création de la loi, des politiques, stratégies, normes, capacités...) Deux mesures du phénomène peuvent être réalisées: l'écart de niveau et l'écart de rythme, qui permettent de réaliser un diagnostic de la situation dans les Etats, et de les comparer.  

A lire: Belkhamza, Zakariya. « Bridging the Cyber Gap: Mapping Misalignment Between Digital Adoption and Cybersecurity Capacity ». International Conference on Cyber Warfare and Security 21, no 1 (2026): 36‑44. https://doi.org/10.34190/iccws.21.1.4503.

Concepts, théories: Riskification

Le concept de "riskification" n'est pas traduisible en français en un seul mot. On évoquera par exemple la "riskification of cybersecurity" qui désigne une manière d'appréhender la cybersécurité, consistant à considérer les problèmes cybernétiques comme des risques de sécurité, et donc à privilégier une approche de type gestion des risques, plutôt que la prévention des menaces. Elle serait une tendance actuelle de la cybersécurité, davantage orientée vers la prise en considération des cyber-risques, et s'écartent de la gestion des cyber-menaces. Cette approche a de multiples conséquences : elle n'impose pas d'état d'urgence; elle suppose anticipation, prévention, détection, prédiction, détection d'anomalies, profilage préventif, élargissement de l'attention au-delà des risques imminents. La "riskification" est "un processus d'organisation des pratiques de sécurité selon des méthodes de précaution et de prévention". La "riskification "décrit comment le concept de risque devient un principe organisateur central de la société, influençant tous les aspects, des comportements individuels aux politiques institutionnelles en passant par les stratégies de gouvernance nationale". Elle est également considérée comme une forme subtile de la "securitization": la "riskification" "appréhende les problèmes de manière plus globale, en les orientant vers diverses sources de préjudices à prendre en compte. Plus concrètement, la riskification attribue des probabilités aux dangers afin de « maîtriser » les risques (souvent par des processus technocratiques)". 

Un processus ou approche centré sur la menace sera dit de "threatification". Un très utile tableau est proposé dans l'article de Mathilda Englund et Karina Barquet (voir références ci-dessous), qui distingue les caractéristiques des deux approches que sont la riskification et la threatification

A lire: 

- Aanonsen, Claudia E., et Rita Augestad Knudsen. « Riskification and the production of threat: a comparison of risk assessments in cybersecurity and counter-terrorism ». Critical Studies on Security, may 2025: 1‑26. https://doi.org/10.1080/21624887.2025.2509343.

Ph.D, Arthur Stuart Firkins. « Riskification : Unravelling the Discourse of Danger and Safety” ». Risk in MindTM — Rethinking Risk., 11 mai 2025. https://medium.com/risk-in-mind-rethinking-risk/riskification-unravelling-the-discourse-of-danger-and-safety-7297a55883ea.

Englund, Mathilda, et Karina Barquet. « Threatification, riskification, or normal politics? A review of Swedish climate adaptation policy 2005–2022 ». Climate Risk Management 40 (janvier 2023). https://doi.org/10.1016/j.crm.2023.100492.

A lire: Contemporary Security Policy, Volume 47, Issue 2 (2026)

A lire, le nouveau numéro de la revue Contemporary Security Policy, Volume 47, Issue 2 (2026). Numéro dédié aux "Imaginaires de la technologie, de la guerre et de la sécurité internationale", dont plusieurs articles tournent autour des enjeux de l'IA. L'introduction interroge le concept même d'imaginaire (quelle est la valeur ajoutée du recours à l'imaginaire dans les études de sécurité, sur la technologie, dans les études critiques en RI). L'article de Daniel R. McCarthy analyse l'impact de l'adoption de l'IA sur la conception des relations civilo-militaires aux Etats-Unis (l'établissement d'une confiance envers des experts non-humains, tels que les IA, pourrait fragiliser l'autorité des militaires dans la production du savoir militaire). Dans l'article "War economy vs European Silicon Valley?", les auteurs posent les termes d'un débat sur l'avenir sociotechnique de la défense européenne et discutent de l'utilité analytique des imaginaires sociotechniques en temps de crise.  Dans "Apocalyptic imaginaries: Risk and regulation in discourses of military AI and nuclear weapons" analysent les relations entre les discours apocalyptiques actuels sur l'IA militaire et les armes nucléaires d'un côté, et la gouvernance internationale de la sécurité de ces technologies. Les imaginaires apocalyptiques partagés déterminent en grande partir les approches réglementaires qui privilégieraient la gestion des risques aux discussions systémiques sur le désarmement ou les interdictions préventives. L'article de Justinas Lingevicius s'intéresse à la manière dont l'UE définit la sécurité liée à l'IA. Il mobilise des concepts tels que "riskification", "agentic security" ou encore "human agency". Tom F.A. Watts débat examine quant à lui les processuspar lesquels le développement de l'IA a été socialement construit par les planificateurs de la défense aux Etats-Unis, comme un domaine technologique clé de la compétition internationale (la Third Offset Strategy a façonné cette vision de la finalité géopolitique des technologies). Les imaginaires de sécurité influencent la planification de la défense américaine. Berenike Prem fait une lecture critique du concept de "control-by-design" dans le développement des systèmes d'armes autonomes. Le contrôl-by-design s'avère partiel, fragile, remis en question de manière constante par la dynamique de l'innovation militaire. Enfin, le pouvoir et la persistance des idées civilisationnelles dans l'espace techno-militaire occidental, est le sujet du dernier article proposé par Neil Renic