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Tuesday, May 19, 2026

Concepts, théories: Acteurs de la veille sur les FIMI

Nombre d'organismes ont vu le jour ces dix dernières années sur les deux rives de l'Atlantique, qui assurent une veille des opérations de FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference) dans le monde, ou y contribuent. Cet écosystème est composé d'associations, think tank, organismes privés et publics, universités, médias, etc. L'enjeu central de ces initiatives: la protection des démocraties attaquées, menacées ou fragilisées par les manœuvres hostiles menées dans l'espace informationnel. Mentionnons quelques unes de ces organisations (classées ci-dessous par date de création) : 

- L'Institute for Strategic Dialogue (ISD) créé en 2006, a publié des travaux sur les FIMI en Tchéquie, en Pologne en 2025, en Allemagne...

- L'European External Action Service (EEAS) depuis 2015. Reports on FIMI. Le premier rapport, de février 2023, appuie son analyse sur la base de 100 incidents de FIMI recensés entre octobre et décembre 2022, dont 60% relèvent d'un soutien à l'invasion de l'Ukraine par la Russie. En conséquence, l'essentiel des constats formulés concernent les pratiques de la Russie dans le champ informationnel: les canaux diplomatiques russes sont des acteurs des activités de FIMI, usurpations d'identités fréquentes, les collusions entre acteurs étrangers existent mais sont rares (sur les 88 opérations impliquant la Russie, la Chine intervient dans 5 seulement, ne permettant pas de conclure en une stratégie de coopération étroite entre les deux pays dans le champ des FIMI), les opérations de FIMI sont multilingues pour toucher des publics larges, les deux principaux objectifs des FIMI semblent être le détournement de l'attention (vers d'autres sujets) ("distract") et une réécriture du réel ("distort") en modifiant les récits. Le second rapport, de janvier 2024, s'appuie sur l'analyse de 750 incidents de FIMI recensés entre décembre 2022 et novembre 2023: l'Ukraine reste la principale cible des FIMI, mais le rapport observe également que les FIMI sont multiformes, les cibles nombreuses (149 cibles identifiées, principalement en Europe et au sein des pays de l'OTAN), affectent également des individus, le recours à l'IA est encore faible, et protéger les élections contre les FIMI doit se penser des mois avant les évènements et être prolongé plusieurs mois après. Le troisième rapport (mars 2025) a analysé 505 incidents sur l'année 2024, empruntant 38000 canaux de diffusion (contre environ 4000 l'année précédente) (plates-formes de médias sociaux, etc.) mettant en lumière la vaste infrastructure en ligne exploitée tant par la Russie que par la Chine. 90 pays ont été concernés par des actions en 2024; l'Ukraine reste encore la cible principale; n cette année marquée par de nombreuses élections la Russie a tenté plusieurs actions de FIMI dans les pays concernés; les plates-formes de médias sociaux restent le vecteur principale des FIMI (X en particulier). La Chine et la Russie sont les deux principaux protagonistes des FIMI, et semblent par ailleurs renforcer leurs actions conjointes. Le 4ème rapport fait état des 540 incidents identifiés en 2025. L'Ukraine est de nouveau la principale cible, suivie par la France, la Moldavie, l'Allemagne. Les attaques sont plus nombreuses, plus fortes et plus sophistiquées, intégrant notamment l'IA. 10500 comptes des réseaux sociaux et sites internet ont été utilisés pour mener ces opérations. 29% des incidents sont attribués à la Russie, 6% à la Chine. Le rapport insiste sur le rôle majeur de la Russie et de la Chine, mais au-delà il y a place pour bien d'autres acteurs puisque 65% des incidents sont non-attribués.

- GLOBSEC: organisation internationale créée en 2016 (date de création de l'entité internationale, distincte du Forum GlobalSec qui existe depuis 2005). Elle a plusieurs bureaux en Europe mais aussi à Washington D.C. Publie des rapports sur divers sujets liés à la sécurité, parmi lesquels l'influence étrangère a pris place ces dernières années. Russie et Chine sont les acteurs de menace principaux.

- DFRLab: le Digital Forensic Research Lab, créée en 2016, au sein de l'Atlantic Council, fédère expertise technique et politique sur les questions de désinformation et analyse l'infrastructure globale de l'information. Le centre de recherche publie lui aussi des rapports disponibles en ligne: analyse des botnet pro-russes ciblant les territoires occupés de l'Ukraine; ingérence dans les élections présidentielles en Pologne en 2025; nombreux articles et rapports majoritairement sur les activités de la Russie dans le domaine des FIMI, même si on trouve également sur le site des études concernant la Chine ou des sujets plus techniques sur l'attribution, l'IA...

- L'Alliance for Securing Democracy (ASD) créée en juillet 2017, a fusionné le 1er janvier 2026 avec l'Institute for Strategic Dialogue - US. L'ASD a publié plusieurs rapports: une étude sur les opérations d'information étrangères dans chacun des Etats américains, où les principaux adversaires sont la Russie, la Chine et l'Iran; rapports sur les opérations russes et chinoises principalement. L'ASD propose en outre: un tableau de bord pour suivre les discours et les thèmes mis en avant par les responsables politiques et des médias russes, chinois, iraniens; un tracker qui permet de suivre les incidents attribués à la Russie et à la Chine.

- EUDisinfoLab, créé en décembre 2017, propose des études sur la désinformation en Espagne, en Bulgarie, Pologne, Roumanie, Italies, en Europe... et s'emploie à développer des boîtes à outils pour détecter, évaluer les FIMI et y répondre.

- L'Hybrid Warfare Analytical Group (HWAG) (au sein de l'Ukraine Crisis Media Center) créé fin 2017, concentre ses travaux sur la propagande russe. 

- Alliance4Europe: association internationale créée en 2018, agissant en vue de la défense de la démocratie contre les menaces de désinformation, qui regroupe plusieurs universités et acteurs privés. Son siège est à Munich. L'association a publié plusieurs rapports: sur les opérations d'influence russe en Moldavie, sur les opérations visant les élections dans les pays européens, sur les contenus géopolitiques générés par IA diffusés sur Youtube...

- Debunk.org: think tank indépendant, créé en 2018, qui concentre ses analyses relatives aux opérations d'influence dans les pays baltes, en Pologne, Géorgie, au Montenegro, aux Etats-Unis, en Macédoine du Nord, et bien d'autres pays. Le think tank publie une centaine de rapports et articles chaque année. Il est surtout question des opérations russes (bien davantage que de celles de la Chine).

- la DISARM Foundation, créée en 2021 est une référence internationale sur le sujet, en raison notamment des grilles d'analyse qu'elle propose (DISARM Red/Blue Framework).

- Viginum, Service de vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères, a été créé par les autorités françaises en juillet 2021. 

- FIMI ISAC (Information Sharing and Analysis Centre) créé en février 2023. Plusieurs rapports publiés en ligne: rapport sur les élections en Moldavie en 2025 (résultats du projet FIMI Defenders for Election Integrity - FDEI - qui met en évidence la présence de discours anti-européens et anti-occident versus des discours pro-russes. Le travail réalisé utilise la grille d'analyse DISARM Red Framework); sur les élections en République Tchèque de 2025, en Pologne en 2025, en Allemagne en 2025. Ces études font toutes appel à de multiples organisations qui contribuent au travail de veille et d'identification. Elles permettent également, outre la mise en évidence des TTPs déployées, de comparer l'évolution et le déploiement des FIMI, qui semblent toucher les pays de manière assez inégale. Le site propose des templates, outils qui permettent d'identifier les FIMI (Templates part 1; part 2; autres templates disponibles sur site FIMI-ISAC).

- Le projet de recherche Athena, financé par l'UE, cartographie le paysage de la menace FIMI (en étudiant 32 campagnes FIMI menées par la Russie, la Chine, l'Iran et la Corée du Nord).

Cette liste, très sommaire, ne présente que quelques acteurs du domaine. L'écosystème est bien plus dense. Il en est sur tous les continents d'une part, et d'autre part des centres de recherche actifs dans diverses disciplines (relations internationales, études stratégiques, sciences de l'information...) ont pu soit initier des projets spécifiques autour des FIMI, soit créer des équipes dédiées, et parfois focaliser leurs regards sur des continents ou des régions spécifiques (on pourrait par exemple citer l'Africa Center for Strategic Studies (siège à Washington) qui a désormais un axe dédié aux FIMI et a étudié la désinformation sur le continent africain, les actions de la Chine en Afrique dans les médias, etc.)

Des projets récents proposent également des jeux de données intéressants: 

- Le Digital Forensic Research Lab (DFRLab) of the Atlantic Council propose le Foreign Interference Attribution Tracker (FIAT), base de données interactive qui recense les allégations d'interférence étrangère ou d'influence en lien avec l'élection présidentielle américaine de 2024. 

- L'Institute of Global Politics (IGP) propose un Dataset of Online Foreign Information Operations Targeting Elections accompagné des informations nécessaires pour exploiter les données

- la base de données de l'EUvsDisinfo, avec près de 20 000 incidents recensés. 

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