L'article de Francesco Ferazza et Konstantinos Mersinas publié dans les actes de la conférence ICCWS 2026, intitulé "New Naval Strategy, Not Cyberwar: China's State-Sponsored Maritime Cyber Operations", analyse les cyber-opérations étatiques chinoises contre le secteur maritime mondial entre 2015 et 2025. En dépassant la pure analyse technique des attaques, les auteurs entendent démontrer que les cyber-opérations répondent à une logique stratégique cohérente, et alimentent une forme de stratégie navale nouvelle qui s'appuie sur une compétition persistante sous le seuil du conflit armé. La stratégie vise à cartographier les systèmes maritimes adverses, maintenir des accès clandestins sur le long terme dans les réseaux, et prépositionne des capacités de perturbations qui pourront être activées en temps de crise. Les cyberattaques menées privilégient donc l'espionnage et la préparation stratégique, plutôt que des cyberattaques immédiatement visibles, destructrices, perturbatrices, coercitives.
L'article mobilise les théories suivantes: la théorie des barrières de capacité (Smeets) (pourquoi les Etats ont des difficultés à développer des capacités cyber-offensives efficaces, et à les utiliser; les cyber-capacités offensives ne sont ni abondantes ni facilement utilisables, contrairement à l'idée répandue); la théorie de l'intelligence contest logics (Lindsay) (les opérations cyber s'apparentent davantage à une compétition du renseignement, qu'à une guerre destructrice. La plupart des opérations cyber étatiques sont donc avant tout des opérations de renseignement clandestines); et enfin, la théorie du "persistent engagement" (Harknett, Goldman, Fischerkeller) (le cyberespace est un environnement de compétition stratégique continue entre les Etats, situé en permanence sous le seuil de la guerre). L'article tente de comprendre dans quelle mesure ces théories expliquent les stratégies chinoises dans le cyberespace, telle qu'illustrées par 3 opérations : i) Volt yphoon; (ii) APT40/Leviathan (MSS Hainan); and (iii) Mustang Panda (Earth Preta).

