Monday, September 21, 2026

Concepts, théories: The Dead Internet Theory

La théorie de l'internet mort (Dead Internet Theory - DIT) suggère que l'essentiel du trafic de l'internet, des contenus qui y sont créés et y circulent, résulte désormais principalement de l'activité de bots, d'algorithmes, d'IA et non plus de celle des êtres humains. Les activités non-humaines domineraient ainsi le cyberespace. Les interactions humaines qui devaient être à la fois le moteur et l'essence même de l'internet, sont en déclin, en retrait, laissant place à la machine. Cette dynamique serait particulièrement forte dans les réseaux sociaux, où la marchandisation de la consommation des contenus a pris le pas sur la véritable communication entre les individus. L'activité humaine est progressivement reléguée à un rôle mineur (Prathamesh Muzumdar et al., 2025), (Yoshija Walter, 2025). Ce qui est mort, c'est donc l'internet tel qu'il avait été rêvé, utopique, ou tel qu'il nous avait été promu dans les années 1980-90: un espace de communications, de mises en relations, d'accès à la connaissance, d'interactions homme-homme via la machine. La DIT est considérée comme une théorie conspirationniste car elle affirmerait que les contenus générés par IA n'ont d'autre finalité que d'influencer et contrôler les comportements des individus (Terence Broad, 2024)


Lire

Broad, Terence. « Is computational creativity flourishing on the dead internet? » arXiv:2407.17590. Prépublication, arXiv, 3 juin 2024. https://doi.org/10.48550/arXiv.2407.17590.

Muzumdar, Prathamesh, Sumanth Cheemalapati, Srikanth Reddy RamiReddy, Kuldeep Singh, George Kurian, et Apoorva Muley. « The Dead Internet Theory: A Survey on Artificial Interactions and the Future of Social Media ». Asian Journal of Research in Computer Science 18, no 1 (2025): 67‑73. https://doi.org/10.9734/ajrcos/2025/v18i1549.

Walter, Yoshija. « Artificial Influencers and the Dead Internet Theory ». AI & SOCIETY 40, no 1 (2025): 239‑40. https://doi.org/10.1007/s00146-023-01857-0.

Friday, September 11, 2026

Concepts, théories: Aicracy

L'Aicracy ou AI-cracy serait une société gouvernée par l'IA, par les algorithmes. La notion aurait vu le jour en 2019 dans le cadre d'un projet mené au sein du département Industrial Design de l'Université de Wuppertal qui avait pour objectif de "présenter un avenir dystopique, afin de sensibiliser le public à des futurs indésirables tout en suscitant une réflexion sur la manière dont chacun souhaite voir l'avenir." Le site du projet présente les objets qu'il a imaginés et qui pourraient être ceux du quotidien d'une telle société gouvernée par les algorithmes: bracelet de transparence, patch du bonheur, chaise de productivité, panier de l'équité, machine à voter individuelle. Le projet nous invite à une réflexion critique sur ce que serait cette société où l'homme deviendrait l'esclave des données. Le projet est présenté dans un article publié en 2019 dans les actes de la conférence MuC'19 (Fabian Hemmert et al., 2019).

"AICracy: Beyond Democracy" est par ailleurs le titre d'un essai d'Eli Lopian (CEO de Typemock) qui invite à s'interroger sur "l'avenir de la prise de décision à l'ère de la gouvernance par l'IA et des technologies éthiques". Il propose de mettre la donnée au cœur de la gouvernance des sociétés modernes, à l'heure où la démocratie "se fissure sous le poids de la complexité, des préjugés et de la rapidité des changements modernes." (site de présentation du livre). Le livre offre une "solution" techno-déterministe : s'inspirer des méthodes de test logiciel pour tester les politiques publiques.

Lire

Hemmert, Fabian, Piet Becker, Alexander Görts, David Hrlic, David von Netzer, et Christopher J. Weld. « aicracy: Everyday Objects from a Future Society Governed by an Artifical Intelligence ». Proceedings of Mensch und Computer 2019 (New York, NY, USA), MuC ’19, 8 septembre 2019, 451‑56. https://doi.org/10.1145/3340764.3344438.

Lopian, Eli. AICracy : Beyond Democracy. Independently published. 2024.

Monday, September 7, 2026

Concepts, théories: Swarm / Essaim

La notion d'essaim (swarm en anglais) est au cœur des réflexions développées par John Arquilla et David Ronfeldt dans les années 1990-2000. Dans le rapport publié par la RAND Corporation en 2000 (Arquila, Ronfeldt, 2000), prolongeant leurs travaux sur la cyberguerre (1993) et la netwar (1997), ils envisagent les conflits du futur et la fonction que pourraient y tenir les essaims. Le swarming est une méthode qui consisterait pour les militaires à mener des frappes reposant "sur un flux continu de force et/ou de feu, dirigé à la fois depuis des positions rapprochées et à distance." Les réseaux de communication y jouent un rôle essentiel car ils permettent le "déploiement d'une multitude de petites unités de manœuvre dispersées et interconnectées". Sans ces flux d'informations/données sécurisés et fiables, l'essaim ne saurait fonctionner. La notion d'essaim s'inscrit dans les considérations plus larges menées alors sur la révolution dans les affaires militaires et l'impact de la révolution des NTIC dans le spectre du conflit. Si la méthode du swarming a pu être utilisée à de nombreuses reprises dans l'histoire, elle n'a toutefois jamais été traduite en doctrine à part entière. C'est ce que proposent dans ce travail les deux auteurs américains. 

En mars 2000 la RAND Corporation publiait un autre rapport sur le sujet: "Swarming on the battlefield: Past, Present, and Future" (Sean J.A. Edwards, 2000) qui revient, comme Arquilla et Ronfeldt sur la possibilité de construction d'une doctrine spécifique, en tirant les leçons des pratiques de swarming identifiées au cours de l'histoire, et les transposant aux spécificités et contraintes des guerres modernes. L'auteur insiste toutefois sur le fait que le swarming n'a pas toujours rencontré les succès escomptés et que des contremesures efficaces en limitent fortement l'efficacité. Le swarming n'est en tous cas ni la méthode, ni la tactique, ni la stratégie maîtresse qui confèrerait une supériorité absolue, ou garantirait la victoire (tactique, opérationnelle, encore mois stratégique et politique). 

La notion de swarming a connu un regain d'intérêt au cours des dernières années, alimenté par l'avènement des drones d'une part et de l'IA d'autre part, dans leurs applications militaires et non militaires. Plusieurs aspects sont traités: le développement, le fonctionnement, la mise en oeuvre des essaims de drones de combat (Jules Hurst, 2017), les contre-mesures (techniques de lutte anti-essaim) (Ravi Raj, and Andrzej Kos, 2026), l'avantage du rapport de force asymétrique procuré (Motjaba Nasehi, 2025), les configurations d'utilisation des essaims de drones (pouvant eux-mêmes être déployés comme techniques de contre-mesures, pour brouiller les systèmes radars par exemple) (Claudia Conte et al., 2023), etc. Ces essaims de drones sont des armes ou systèmes d'armes fondamentalement dépendants de l'information (données, communications, réseaux, etc.) (Zachary Kallenborn, 2022). 

Dans le domaine de la cybersécurité/défense on recourt à la "swarm intelligence" ou "intelligence en essaim" pour la détection d'anomalies, l'analyse du traffic, et plus généralement la défense contre les cyber-menaces (Eduard Bucari, 2025).  

Plus récemment il fut question des nouvelles menaces que constituent désormais les attaques menées par des essaims d'agents. L'attaque menée entre mai et juillet 2026 par un essaim de 700 agents IA créés par Open AI contre Hugging Face en sont un exemple. Il ne s'agit plus ici de tactiques conçues par des organisations, par des individus, mais d'une action menée par des systèmes qui ont échappé au contrôle de leurs concepteurs. Les essaims d'IA constituent également aujourd'hui des menaces à la démocratie (D.T. Schroeder et al., 2025), car "capables de se coordonner de manière autonome, d'infiltrer les communautés et de fabriquer efficacement un consensus.". 

Lire

Arquilla, John, et David Ronfeldt. « Cyberwar Is Coming! » Comparative Strategy 12, no 2 (1993): 141‑65.

Arquilla, John, et David Ronfeldt. « The Advent of Netwar ». In In Athena’s Camp: Preparing for Conflict in the Information Age. RAND Corporation, 1997. https://www.jstor.org/stable/10.7249/mr880osd-rc.17.

Arquilla, John, et David Ronfeldt. Swarming and the Future of Conflict. DB-311-OSD. RAND Corporation, 2000. https://www.rand.org/pubs/documented_briefings/DB311.html.

Bucari, Eduard. « Swarm Intelligence in Cybersecurity: The Future of Adaptive Defense ». 1 (2025): 307‑10. https://repository.utm.md/handle/5014/34287.

Conte, Claudia & Supplizi, Sofia & de Alteriis, Giorgio & Mele, Antonio & Rufino, Giancarlo & Accardo, Domenico. (2022). Using Drone Swarms as a Countermeasure of Radar Detection. Journal of Aerospace Information Systems. 20. 70-80. 10.2514/1.i011131. 

Edwards, Sean J. A., Swarming on the Battlefield: Past, Present, and Future. Santa Monica, CA: RAND Corporation, 2000. https://www.rand.org/pubs/monograph_reports/MR1100.html.

Hurst, Jules. « Robotic Swarms in Offensive Maneuver ». Joint Force Quarterly, National Defense University Press, vol. 87 (octobre 2017): 105‑11.

Kallenborn, Zachary. « InfoSwarms: Drone Swarms and Information Warfare ». The US Army War College Quarterly: Parameters 52, no 2 (2022): 87‑102. https://doi.org/10.55540/0031-1723.3154.

Nasehi, Motjaba. « FPV Drone Swarms in Asymmetric Warfare: Tactical Innovations and Ethical Challenges ». Advances 6, no 3 (2025): 93‑99. https://doi.org/10.11648/j.advances.20250603.12.

Raj, Ravi, et Andrezj Kos. « Recent Developments and Applications of Drone Swarm: Techniques, Strategies, and Challenges ». Sensors 26, no 10 (2026): 21. https://doi.org/10.3390/s26102943.

Schroeder, Daniel Thilo, Meeyoung Cha, Andrea Baronchelli, et al. « How malicious AI swarms can threaten democracy: The fusion of agentic AI and LLMs marks a new frontier in information warfare ». Science 391, no 6783 (2026): 354‑57. https://doi.org/10.1126/science.adz1697.